Des nouvelles de l’espace (4)

Bonjour ! Malgré les fêtes, l’univers n’attend pas. Cette semaine, nous prenons essentiellement des nouvelles de la Russie et de la NASA. Comme au bon vieux temps de la guerre froide.

Décollage d'Angara A5. Source : http://www.russianspaceweb.com/

Décollage d’Angara A5. Source : http://www.russianspaceweb.com/

On commence avec nos voisins de l’est. Mardi dernier (23 décembre), ces derniers ont en effet testé avec succès leur fusée Angara A5, la version lourde la nouvelle série de lanceurs Angara. Ce dernier a placé sans accroc une charge utile de 2 tonnes en orbite géostationnaire, après un décollage depuis le cosmodrome de Plessetsk. En juillet dernier, un lanceur plus léger de la même famille, Angara 1.2 avait déjà été testé avec succès lors d’un vol suborbital. La “famille” Angara doit succéder à divers types de lanceurs russes actuellement utilisés, comme par exemple le Proton, un lanceur lourd dont le carburant est désormais considéré comme trop toxique (sans compter divers incidents dont il a été victimes ces dernières années). Enfin, si Angara continuera de décoller depuis Plessetsk (situé très au nord, à une latitude pourtant relativement peu adaptée à des lancements), il est aussi prévu de le faire partir depuis le futur cosmodrome de Vostochny, situé dans l’extrême orient russe. La construction de ce cosmodrome a pour but de limiter davantage la dépendance de la Russie vis-à-vis de celui de Baïkonour, situé au Kazakhstan, et qui ne disposera pas de dispositif de lancement pour Angara.

Un peu plus à l’ouest, du côté de la NASA, on a décidé de ne pas prendre de décision tout de suite concernant la future « Asteroïd Redirect Mission ». Kézako ? En toute simplicité : s’approcher d’un astéroïde et le dévier à l’aide d’une sonde automatique. Pour ce faire, la NASA a retenu deux options : l’une d’elles, l’option A, consiste à dévier l’entièreté d’un astéroïde, tandis que l’option B (plus complexe) implique plutôt d’en détacher un morceau, sachant que le type d’astéroïde dépendra grandement de l’option choisie (sa taille, par exemple, sera beaucoup plus petite dans le premier que dans le second cas). Quelle que soit l’option, la prise serait transportée jusqu’à une orbite lunaire (apparemment à 75.000km de sa surface) avant d’être visitée par des astronautes, qui devraient la rejoindre à l’aide du futur Space Launch System et de la capsule Orion (peut-être en 2021 à l’occasion d’un premier vol habité d’Orion). Toujours est-il que la NASA devait arrêter sa décision en 2014 mais qu’il faudra finalement attendre fin février pour y voir plus clair. Robert Lightfoot, « Associate Administrator » de la NASA, a déclaré qu’il avait besoin de davantage d’informations avant de prendre sa décision, lourde de conséquences quant aux technologies qui seront développées aux fins de la mission choisie (et par conséquent pour de futures opérations, par exemple vers Mars).

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Illustration de l’option B : un morceau d’astéroïde transporté par une sonde. Source : http://www.nasa.gov/mission_pages/asteroids/initiative/index.html

L'actuel commandant de l'ISS et sa petite manivelle imprimée. Regardez comme il a l'air heureux. Source : http://www.nasa.gov/

L’actuel commandant de l’ISS et sa petite manivelle imprimée. Regardez comme il a l’air heureux. Source : http://www.nasa.gov/

A bord de la Station Spatiale Internationale, on innove dans un domaine inattendu mais finalement assez logique : l’impression 3D. Dans le courant du mois de décembre, un outil composé de 104 couches de plastique (une espèce de manivelle) y a en effet été imprimé à partir d’un mail envoyé depuis la Terre. L’intérêt est évidemment énorme : si ce genre de réussite perdure, il suffirait de transporter le matériau brut par cargo et d’envoyer les modèles par mails jusqu’à la station, au lieu d’y transporter des tonnes de pièces de rechanges. Dans l’éventualité de voyages de longues durées (coucou, Mars), cette technologie, qui n’en est qu’à ses débuts, pourrait également s’avérer très utile une fois maîtrisée. En attendant, tous les objets imprimés à bord de l’ISS vont être rapatriés pour y être étudiés. Ils seront notamment comparés à leurs équivalents imprimés sur Terre par la même imprimante, avant son décollage en septembre dernier.

Une photo de Mercure prise fin 2013 par MESSENGER. Source : http://www.nasa.gov/mission_pages/messenger/main/index.html

Une photo de Mercure prise fin 2013 par MESSENGER. Source : http://www.nasa.gov/

Enfin, on termine cette petite note dans les environs de Mercure, autour de laquelle la sonde américaine MESSENGER (pour Mercury, Surface, Space Environment, Geochemistry and Ranging) orbite depuis mars 2011. L’information, c’est simplement que la sonde a gagné quelques semaines de sursis. Celle-ci devait en effet tomber à court de carburant vers la fin du mois de mars, mais les responsables de la mission ont trouvé le moyen de corriger sa trajectoire à l’aide de l’hélium utilisé pour pressuriser ses réservoirs à combustible. Cela lui permettra de se maintenir en orbite environ un mois de plus autour la planète (qui est, rappelons-le, la plus proche du soleil), avant de s’y écraser. Mercure restera ainsi seule jusqu’à l’arrivée de BepiColombo, une sonde développée par l’Agence spatiale européenne (ESA) et l’Agence spatiale japonaise (JAXA), qui devrait décoller en 2016 et arriver à destination en 2022.

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Terminus Paris-Bretagne

La cité nymphaleClap troisième. La cité nymphale vient clôturer la trilogie Chromozone, entamée avec le roman du même nom et sa suite, Les noctivores. La trilogie prend place dans une Europe post-apocalyptique. On y découvre un monde dans lequel un virus a détruit toutes infrastructures informatiques existantes, avant de se mettre à infecter les êtres humains eux-mêmes, qui se transforment alors en individus ultra-violents.

Ce troisième opus nous emmène à Paris, qui prend ici le nom de Parispapauté. Dirigée par le pape Michel, l’ancienne capitale française est devenue une zone franche placée hors de la domination des noctivores (une entité collective qui s’oppose efficacement au virus mais prive ses membres de leur humanité) et des commerçants de Derb Ghallef, les deux principales puissances de la région. On y retrouve Cendre, jeune homme fruit de manipulations génétiques capable d’abattre les infectés par la pensée, et surtout Lucie, sa protectrice et compagne. Ces derniers vivent une vie plus ou moins tranquille aux pieds de la tour Eiffel, où ils sont des pions importants de cette communauté assez particulière. Lorsque une vieille connaissance honnie vient y demander asile, les événements s’enchaînent et le pape Michel se voit obligé de demander de l’aide du côté de la Bretagne natale de Lucie.

Comme entre les deux romans précédents, le temps a passé, la situation du continent a évolué et les personnages ont mûri. On retrouve un type de construction similaire au premier opus : autour d’une intrigue principale braquée sur une Lucie indomptable et expéditive viennent se greffer deux mystérieuses histoires sans lien apparent avec le reste. L’une d’elles s’avère à propos assez ardue à suivre de par son style et casse un peu le rythme général du livre, d’autant que son utilité n’est pas évidente. Cela dit, rien de dramatique. En toile de fond, les puissances locales continuent d’avancer leurs pions sur cette espèce d’échiquier français (on croirait parfois assister à un Risk post-apo), alors qu’un dénouement (mais lequel ?) semble approcher. Globalement, l’ensemble est un peu moins marquant que les deux romans précédents, peut-être parce qu’il lui manque un peu de nouveautés par rapport à ces derniers, mais il n’en constitue pas moins une suite logique et efficace dont la plupart des personnages ne manquent d’ailleurs pas de sel.

La cité nymphale achève en tout cas une trilogie Chromozone intéressante, souvent captivante et originale, même si elle n’est pas parfaite. Elle n’atteint pas le niveau du Déchronologue, le chef d’œuvre (?) de Stéphane Beauverger sorti quelques années plus tard, mais reste globalement un très bon moment d’anticipation francophone.

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Des nouvelles de l’espace (3)

Salutations ! Cette semaine, dans cette petite sélection arbitraire d’informations spatiales, on va causer des progrès de l’agence spatiale indienne, du télescope spatial Kepler, de SpaceX (encore !) et de Rosetta.

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Source: http://www.isro.org/

L’Inde, donc, et plus précisément l’ISRO (Indian Space Research Organisation), a testé ce 18 décembre un nouveau lanceur dont le doux nom a de quoi faire rêver les plus poètes d’entre nous : GSLV-MkIII, pour Geostationary Satellite Launch Vehicule. Pour faire bref, ce lanceur devrait permettre à l’Inde de placer des satellites lourds en orbite géostationnaire dans quelques années. Le lanceur en question a volé jusqu’à 125km d’altitude lors d’un vol suborbital, au cours duquel ses performances ont été éprouvées (apparemment avec succès). Par la même occasion, il s’agissait de tester une capsule de démonstration susceptible d’accueillir trois personnes, laquelle a amerri sans souci dans le golfe du Bengale après sa ré-entrée dans l’atmosphère. Il s’agit donc d’un nouveau succès pour l’Inde, qui progresse vers la possibilité d’envoyer des humains dans l’espace.

Source : http://www.nasa.gov/

Source : http://www.nasa.gov/

Bien au-delà, tournant autour du soleil sur la même orbite que la Terre,  se trouve un gros satellite nommé Kepler. Il s’agit d’un télescope spatial conçu par la NASA. Son travail ? Observer la Voie Lactée pour y découvrir des exoplanètes (des planètes situées hors du système solaire). Kepler s’est envolé en mars 2009 et, à ce jour, son tableau de chasse se chiffre à quasiment 1000 planètes confirmées, tandis que l’on compte plus de 4000 autres candidates. A lui seul, le télescope a détecté plus de la moitié des exoplanètes actuellement connues. En mai 2013 cependant, sa première mission a dû prendre fin suite à un dysfonctionnement technique qui l’a rendu instable. Au lieu d’abandonner l’engin, les équipes de la NASA ont réussi à trouver un moyen de le stabiliser et de lui donner une nouvelle mission, dénommée K2, dès mai 2014. Bonne nouvelle, ça fonctionne : ce 18 décembre, la NASA a annoncé la découverte d’une nouvelle venue (HIP 116454b, à vos souhaits) découverte par Kepler après sa « renaissance ». La planète en question est deux fois et demie plus grande que la Terre et est probablement trop chaude pour abriter la vie. Toutefois, sa relative proximité en fait un objectif certain pour de prochaines observations (par de futurs télescopes spatiaux, notamment).

Retour sur Terre avec le report du lancement du Falcon 9 initialement prévu ce 19 décembre. A l’occasion, la société SpaceX devait ravitailler la Station Spatiale Internationale (ISS) à l’aide de son vaisseau cargo Dragon, mais aussi tenter de récupérer le premier étage de sa fusée sur une barge en pleine mer. Il faudra finalement attendre le 6 janvier pour constater la réussite ou l’échec de l’entreprise. Par contre, bonne nouvelle pour la société d’Elon Musk : la première étape de ses travaux en vue de la construction d’une capsule habitée a été approuvée par la NASA cette semaine. En septembre dernier, l’agence spatiale américaine avait en effet choisi SpaceX et Boeing (qui a atteint le même stade début décembre) parmi d’autres candidats à la construction de capsules habitées. Le but ici est bien sûr d’emmener des astronautes jusqu’à l’ISS et les ramener vivants, ce que les Etats-Unis sont incapables de réaliser depuis la fin du programme des navettes en 2011. Pour l’instant, seule la Russie en est capable grâce à ses vaisseaux Soyouz, et on peut comprendre que les américains souhaitent voir cette situation délicate s’achever.

La capsule Dragon habitée devrait ressembler à ceci, et atterrir à l'aide de rétrofusées. Source : http://www.spacex.com/

La capsule Dragon habitée devrait ressembler à ceci, et atterrir à l’aide de rétrofusées. Source : http://www.spacex.com/

Enfin, des nouvelles de la sonde Rosetta et du petit atterrisseur Philae, actuellement en veille sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (dite « Tchouri »). Il semble que l’optimisme soit de mise quant aux possibilités de réveil de Philae. Selon ses responsables, sa position devrait en effet permettre à ses panneaux solaires de collecter suffisamment d’énergie pour le remettre en marche une fois que la comète se sera suffisamment approchée du Soleil (ce qui devrait être le cas au printemps). Par contre, l’engin n’a pas encore été précisément localisé, ce qui s’avère nécessaire pour déterminer à quel moment le redémarrer. De nouvelles images prise par Rosetta devraient permettre aux spécialistes d’en savoir plus, mais celles-ci n’ont pas encore été transmises par la sonde. Nous n’avons sûrement pas encore fini d’entendre parler de cette mission (et c’est tant mieux).

Selon les données recueillies, voici la position supposée de Philae sur la comète. Un peu bancale, semble-t-il. Source : http://www.cnes.fr/

Selon les données recueillies, voici la position supposée de Philae sur la comète. Un peu bancale, semble-t-il. Source : http://www.cnes.fr/

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Des nouvelles de l’espace (2)

C’est l’heure d’une nouvelle sélection arbitraire d’informations spatiales. Cette fois, Mars, la Chine et quelques sociétés privées américaines sont au programme.

A propos de Mars, signalons pour commencer que des données récoltées par le rover Curiosity, arrivé sur la planète rouge en août 2012, indiquent que le cratère Gale (dans lequel il se balade depuis lors) aurait abrité de l’eau il y a plus de trois milliards et demi d’année. Une série d’articles à paraître en janvier dans la revue Science décrivent un environnement propice au développement d’une vie bactérienne. Voilà qui est plutôt sympathique. Du coup, on pourrait dire que les succès américains dans le domaine appellent d’autres agences à les imiter. En novembre, c’est la Chine qui a annoncé un programme d’exploration de la planète rouge. Au programme : un orbiteur et un rover, qui devraient décoller en 2020, mais aussi un retour d’échantillons prévus en 2030. Il s’agit là d’un plan très ambitieux, ainsi que très coûteux. Ramener sur terre un échantillon de sol martien est un projet qui circule depuis de nombreuses années mais qui n’a encore jamais pu être concrétisé vu son ampleur. Faire atterrir un objet en douceur sur Mars est une chose, le faire redécoller et le ramener intact en est une autre. Notons que la Chine a fait atterrir son premier rover lunaire (Yutu) en décembre 2013, il lui reste donc encore du chemin à parcourir pour réussir une telle performance. Quoi qu’il arrive, il ne s’agira en tout cas pas du premier pays asiatique à atteindre Mars, vu que l’Inde a réussi à placer une sonde en orbite en septembre dernier (pour un coût relativement réduit).

Une simulation de ce à quoi pouvait ressembler le cratère Gale (154km de diamètre) rempli d'eau.

Une simulation de ce à quoi pouvait ressembler le cratère Gale (154km de diamètre) rempli d’eau.

Sur Terre à présent, la société Orbital Sciences Corporation a donné des nouvelles. Beaucoup ont découvert son existence en octobre dernier, lorsqu’une fusée Antares destinée à ravitailler la Station Spatiale Internationale (ISS) a spectaculairement explosé au décollage, endommageant du même coup la base de lancement de la NASA en Virginie, Wallops Flight Facility. Orbital est en fait sous contrat avec la NASA pour le transport de 20 tonnes de fret répartis sur 8 vols (dont celui d’octobre, qui aurait dû être le quatrième). Pour ce faire, ils ont développé leur propre lanceur, Antares, et un cargo spatial : Cygnus. L’accident d’octobre dernier les a cependant forcé à revoir leurs plans pour être en mesure de remplir leur part du contrat. Du coup, fin 2015, c’est une fusée Atlas V (gérée par Boeing et Lockheed Martin) qui expédiera le cargo Cygnus vers l’ISS, à la place de la fusée Antares. Pendant ce temps, cette dernière sera en quelque sorte mise à jour, vu que son moteur va être remplacé. Le moteur en question (AJ-26, ou encore NK-33, on s’y perd un peu), qui a en fait été conçu ET construit dans les années 60 en Union Soviétique, semble être responsable de l’explosion de la fusée : l’abandonner n’est donc probablement pas d’une mauvaise idée. Si la nouvelle version d’Antares est prête à temps, la mission prévue fin 2015 sera la seule à nécessiter un lanceur Atlas V, mais la possibilité qu’il soit utilisé une seconde fois n’est pas exclue.

Le cargo Cygnus amarré à la Station Spatiale Internationale, en février dernier.

Le cargo Cygnus amarré à la Station Spatiale Internationale, en février dernier.

Vendredi 19 décembre, c’est par contre à SpaceX et à sa capsule Dragon que reviendra la tâche de ravitailler l’ISS. La capsule sera lancée par la fusée Falcon 9. Cette mission revêt un intérêt particulier car la société d’Elon Musk (également fondateur de Paypal et de Tesla Motors) va pour l’occasion tenter quelque chose de nouveau : récupérer le premier étage de sa fusée sur une barge placée en pleine mer (alors que les tests précédents constituaient « simplement » à le faire amerrir en douceur). L’objectif, à long terme, est le développement d’un lanceur réutilisable destiné à réduire les coûts des vols spatiaux (ce qu’avait déjà tenté la NASA pour les vols habités avec la navette spatiale et qui s’est soldé par un échec). Selon Musk lui-même, la tentative de récupération prévue vendredi à moins de 50% de chances d’être couronnée de succès. On croise les doigts pour lui quand même.

Enfin, réjouissons-nous : finalement, Venus Express n’est pas tout à fait morte. L’Agence spatiale européenne a en effet réussi à entrer en communication avec la sonde, quasiment à court de carburant. L’annonce du décès n’en est toutefois que reportée de peu : à la mi-janvier, elle devrait pénétrer définitivement dans l’atmosphère de Venus et être détruite.

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Des nouvelles de l’espace

Alors voilà, je teste un truc. On verra bien combien de temps ça dure. Je suis ouvert à toute suggestion !

La semaine écoulée a été quelque peu chargée au rayon de l’exploration spatiale. On note entre autres le premier vol test de la capsule américaine Orion, le décollage de la sonde japonaise Hayabusa 2, la naissance d’Ariane 6 et le décès de la sonde européenne Venus Express.

Orion Exploration Flight TestOn commence par l’événement qui a fait le plus de bruit : le vol test de la capsule spatiale Orion ce vendredi 5 décembre, initialement prévu jeudi mais reporté au lendemain. La NASA avait mis les petits plats dans les grands pour l’occasion. En effet, la mission (qui a duré plusieurs heures) pouvait être suivie en direct sur le site de l’agence américaine, mais également sur les réseaux sociaux. Orion est la nouvelle capsule spatiale habitée de la NASA. Elle succédera à la navette spatiale évidemment, mais peut-être encore davantage à Apollo. En effet, contrairement à la navette, le nouveau programme américain prévoit d’envoyer des êtres humains au-delà de l’orbite terrestre. Entendez par là la Lune, pour commencer, et puis éventuellement un astéroïde, ou même carrément Mars. Ces projets nécessitent également le développement d’un nouveau lanceur, le bien nommé Space Launch System (SLS), qui ne sera pas testé avant 2018 mais devrait être le plus gros lanceur jamais construit depuis le célèbre Saturn V et les vols lunaires. Cette semaine, la capsule Orion, non habitée, a été lancée depuis une fusée Delta IV Heavy et a effectué deux tours de la Terre jusqu’à atteindre l’altitude de 5800km. Selon la NASA, ce vol test est un succès total. Le prochain rendez-vous est pris en 2018 avec l’Exploration Mission 1, durant laquelle le SLS propulsera Orion (toujours non habitée) vers l’orbite lunaire. Quant au premier vol habité, il devrait normalement survenir en 2021.

hayabusa2_overview_02_lDirection le Japon, où un autre lancement a été effectué avec succès cette semaine. Il s’agit du décollage de la sonde Hayabusa 2. Celle-ci succède à Hayabusa première du nom qui, en 2005, était le premier engin à parvenir à se poser sur un astéroïde (Itokawa), y prélever un échantillon et le ramener sur Terre. L’objectif est ici le même, même si le type d’astéroïde visé est différent (type C au lieu de type S) et porte le doux nom de (162173) 1999 JU3. La sonde embarque avec elle un atterrisseur nommé MASCOT, développé par l’agence spatiale allemande et inspiré de Philae (largué par Rosetta sur la comète 67P Churyumov-Gerasimenko en novembre), ainsi que trois petits rovers Minerva. C’est en 2019 que Hayabusa 2 approchera de l’astéroïde, larguera ses atterrisseur et prélèvera des échantillons, avant un retour prévu fin 2020.

ariane 6Nous enchaînons avec une naissance : celle d’Ariane 6, dont la configuration finale a été officialisée lors d’une conférence de l’Agence spatiale européenne (ESA). Décliné en deux versions, ce nouveau lanceur devrait permettre à l’ESA de soutenir la concurrence des sociétés privées américaines (SpaceX en premier lieu, avec son lanceur Falcon, mais aussi Orbital et son lanceur Antares, si cette dernière passe le cap de son récent et spectaculaire échec) à partir de 2020. Pour aller plus loin, cet article devrait faire l’affaire. Par ailleurs, Ariane 5 aurait dû décoller jeudi (soit le même jour que le vol initial d’Orion) pour mettre en orbite deux satellites de télécommunication, mais le lancement a été reporté à samedi en raison, là aussi, de mauvaises conditions météo. C’est fragile, ces machins-là.

Venus_Express_aerobraking_node_full_image_2Du côté de l’étoile du berger, c’est par contre un décès qui est à déplorer : celui de la sonde européenne Venus Express. Comme son nom l’indique, celle-ci orbitait autour de Venus, et ce depuis 2006. Sa mission devait initialement durer 500 jours mais a été prolongée trois fois vu la qualité des résultats obtenus. Cette année, sachant sa sonde bientôt à court de carburant, l’équipe en charge de Venus Express a testé une technique dite d’aérofreinage, dans le but de faire plonger la sonde jusqu’à 135km d’altitude dans l’atmosphère extrêmement dense de la planète (et donc de récolter tout un tas de nouvelles données scientifiques), avant de relever son orbite en juillet une fois l’expérience terminée. Le contact avec Venus Express a finalement été perdu à la fin du mois de novembre, probablement par manque de carburant, alors que de nouvelles corrections de trajectoire devaient être opérées pour relever son orbite. Toujours est-il que la mission, conçue à moindre coût car sur mêmes bases que la mission Mars Express, est considérée comme un grand succès.

Enfin, bonus de dernière minute avec une bonne nouvelle : le réveil définitif de la sonde américaine New Horizons, en route vers Pluton depuis janvier 2006. Il s’agira du premier engin à observer de près cette planète naine, ainsi que son petit satellite Charon, à partir de janvier 2015. Là encore, des découvertes très intéressantes sont à prévoir.

orion_on_deck_uss_anchorage1La capsule Orion après son vol test, récupérée par un navire américain.

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Lost Story

SurvivantsSurvivants : anomalies quantiques est un cycle de BD appartenant aux Mondes d’Aldébaran, de Léo. Cet univers de science-fiction a démarré en 1994 avec Aldébaran (cinq tomes) et s’est prolongé avec Bételgeuse (cinq tomes également), puis Antarès (cinq tomes déjà parus, deux à venir). Par rapport à ces cycles, Survivants fait office de spin off. Entendez par là qu’il introduit de tous nouveaux personnages et prend place avant les événements d’Aldébaran.

Pour contextualiser un brin, nous sommes à la fin du XXIIème siècle et les voyages interstellaires commencent à peine. L’épisode 1 (les albums ne sont pas nommés) commence de façon classique, quoique dramatique : par la mort de 2500 personnes. Ces derniers voyageaient à bord d’un vaisseau spatial en route vers la colonie d’Aldébaran. Seul un petit groupe d’étudiants, en hibernation au sein d’une navette de sauvetage, réchappe au désastre et se réveille au beau milieu d’une jungle. Passé le premier choc, il leur faut bien survivre et partir explorer les environs. A priori, il s’agit donc d’une banale histoire de naufrage et d’île déserte : remplacez le bateau par un astronef et l’île par une planète inconnue. Il ne faut pas non plus longtemps au lecteur pour réaliser que les personnages ont tendance à accumuler les clichés, sans compter le tic préféré de l’auteur, à savoir dévêtir ses personnages féminins sans raison apparente dès les premières planches. Mais passons.

Survivants 6Quelques heures sur place suffisent aux rescapés pour constater que la faune locale est plutôt vivace, et qu’ils ont intérêt à s’organiser. Un phénomène physique étrange, peut-être lié à la perte de leur vaisseau, s’ajoute au tableau. Là encore, rien de bien nouveau. Pourtant, l’histoire prend une tournure réellement intéressante passée la pénible première moitié de ce premier épisode. A ce moment, soulagé, le lecteur réalise qu’il n’a pas affaire à une simple affaire d’île déserte, mais à une planète peuplée de biens curieux habitants. La toute fin, très bien menée, ne donne qu’une envie : bondir sur l’épisode deux.

Il faut dire que Léo, malgré ses drôles d’habitudes, fourmille d’idées qui font les bonnes histoires de science fiction. Les phénomènes physiques et autres espèces étranges qu’il conçoit sont étonnants et donnent toujours envie d’en savoir plus. On peut cependant  regretter sa tendance à se focaliser sur les relations entre ses personnages, lesquelles sont généralement au niveau d’une sitcom de bas étage. Alors qu’on se trouve au beau milieu d’une planète fascinante, c’est forcément un peu décevant. La série, qui en est actuellement à son troisième épisode, pose enfin de nombreuses questions qui restent sans réponse à l’heure actuelle. Il reste deux tomes à l’auteur, soit moins d’une centaine de planches, pour y répondre sans trop frustrer ses lecteurs. C’est pas gagné, mais il est permis d’espérer.

Survivants 5

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Réunion de famille

Groom de sniper alley couvIl y a deux ans, nous avions quitté Spirou au sortir d’une aventure étonnante, au cours de laquelle il s’était démené seul face à une machine financière presque trop forte pour lui. Nous le retrouvons cette fois tranquillement chez lui, commentant l’actualité en compagnie de Fantasio. Le groom de Sniper Alley démarre en effet par une apparente bonne nouvelle.

C’est tout chaud : à la suite d’une guerre menée par les troupes occidentales, le dictateur de l’Aswana est tombé. L’événement a de nombreuses conséquences, dont l’arrivée impromptue de ce bon vieux Vito Cortizone chez notre duo de reporters. Vito, en bon maffieux New Yorkais, leur impose un chantage impliquant qu’ils lui ramènent un fabuleux trésor antique bien planqué en Aswana, désormais accessible suite à la fin de la guerre. Spirou et Fantasio n’ont évidemment pas le choix, ils enfilent leurs plus beaux costumes d’aventuriers et atterrissent au beau milieu d’un pays pas si pacifié que ça.

groom de sniper alley 12Pour cet album, Yoann et Vehlmann se sont tournés vers l’actualité géopolitique et l’ont passée à la moulinette d’une BD tout public. La situation de l’Aswana, territoire fictif que l’on devine situé au Moyen-Orient, évoque celle de l’Irak, de la Libye et de l’Afghanistan. Autant de pays dont les régimes ont été renversés suite à une intervention occidentale. A leur arrivée en Aswana, nos héros sont accueillis par des troupes franco-belges restées sur places pour gérer une situation chaotique à laquelle elles n’étaient pas préparées, même si la presse au pays se réjouit de leur glorieuse victoire. Comme la dernière décennie l’a suffisamment démontré, une fois la guerre finie commencent en effet les déconvenues de l’après-guerre : l’instabilité, les pillages, et rapidement la nostalgie de l’ancien régime dans le chef de certains. Tout cela est évoqué dans cet album, ce qui mérite d’être salué, car articuler tout ça en quarante-huit pages censées faire rire le lecteur et sans tomber dans le mauvais goût n’a pas dû être chose facile.

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Sous le feu des balles, Spirou et Fantasio sont rapidement rejoints par une autre tête connue. Cette dernière et Vito ne sont d’ailleurs pas les seules vieilles connaissances que nous retrouvons dans ce Groom de Sniper Alley. En fait, l’album dégueule de fan service. Ils sont presque tous là. On se demande même comment certains tiennent encore debout, tellement ils évoquent un passé lointain. Ce serait presque trop, mais on ne peut pas s’empêcher de sourire en retrouvant tous ces personnages issus d’époques très différentes de la série. Quant à l’histoire elle-même, on peut regretter qu’elle manque globalement d’intensité. En fait, le lecteur n’a pas vraiment le temps de s’inquiéter pour ses héros, qui résolvent leurs problèmes de façon très expéditive. Malgré tout, l’humour de Vehlmann fait, lui, souvent mouche.

Le groom de Sniper Alley est en conclusion un album qui compense ses faiblesses par son rythme et son humour, tout en se permettant un propos pas évident vu le public visé. Il s’agit peut-être du meilleur épisode de Yoann et Vehlmann depuis le hors série Les géants pétrifiés, dont il reprend d’ailleurs certains thèmes mais malheureusement pas le style de dessin si caractéristique. Quant à l’avenir, l’acquisition de Marsu Productions par les Editions Dupuis ne peut que donner confiance, même si la pression sur les épaules des auteurs est plus forte que jamais.

Groom de sniper alley 4

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« L’oiseau ! Tuez-le ! C’est un démon ! »

Portal 2 logo

Sur Portal 2, tout a probablement déjà été écrit. Sa drôlerie, l’inventivité de ses mécanismes ou encore sa narration étonnante sont globalement saluées. Revenir dessus avec plusieurs années de retard (trois ans et demi quand même) n’a donc pas beaucoup de sens. Pourtant, après l’avoir refait cette semaine, il me vient à l’esprit que je pourrais bien avoir envie d’en parler, moi aussi. Pour le plaisir.

Ce jeu, c’est d’abord des locaux à perte de vue. Tous vides, souvent immenses. Leur fonction ? Tester. Un laboratoire démesuré. Contrairement au Portal premier du nom, l’endroit périclite. Malgré son ancienneté pourtant, tout y fonctionne plutôt bien. A commencer par le maître des lieux, une intelligence artificielle presque omnisciente qui ne cesse de vous insulter mesquinement. GladOS, qu’elle s’appelle, et elle ne vous aime pas. Pire : elle se souvient de vous. Vous l’avez tuée, naguère, et elle ne vous le pardonnera pas de sitôt. Heureusement, cette fois, vous avez un allié : Wheatley. Il est un peu envahissant, un peu maladroit, mais son aide est précieuse et il est inoffensif. Quant à savoir qui vous êtes, c’est une autre histoire. A travers les portails que vous ouvrez un peu partout pour vous glisser un chemin dans ces lieux déshumanisés, vous arrivez parfois à vous apercevoir. Mais encore ? Ni identité, ni idée de ce que vous faites là. Seuls des messages pré-enregistrés vous suggèrent que la possibilité d’une voix humaine n’est pas sortie de votre imagination. Alors vous passez de test en test. Comme un rat.

Au fil de votre progression, vous prenez la mesure de l’énormité des lieux que vous tentez d’échapper. C’en serait presque grotesque. Cette espèce d’agglomérat de salles ressemble à une expérience qui aurait échappé à ses concepteurs. Qui a construit cette chose ? De vieilles inscriptions font remonter l’existence des plus anciens locaux aux années cinquante. Votre escapade vous a emmené dans les entrailles du monstre, là où tout semble avoir commencé. Pour éventuellement en voir un jour le bout, vous ouvrez des portails, activez des pompes, trimballez des cubes, bondissez et jouez avec la gravité à travers des salles immenses éclairées par dieu sait quelle source d’énergie. Et vous avancez inexorablement vers le monde extérieur. A condition qu’il reste un monde extérieur à contempler.

Le joueur, lui, se creuse la tête et rigole tant qu’il peut, tant cet endroit semble avoir complètement sombré dans la démence. Au rire succède la contemplation. Puis la réflexion. Puis le rire encore. Et puis le malaise lorsqu’un processus inexorable en vient à vous faire ressentir de la pitié pour d’horribles chimères robotiques. Elles ne sont que tôle et circuits imprimés, mais impossible de se départir de l’affreuse sensation qu’elles vous supplient d’achever leur abominable existence, fruit de l’esprit dégénéré d’une IA stupide et ivre de puissance. L’ironie de la situation vous oblige à les utiliser pour activer des mécanismes. Froidement. Votre survie en dépend, qu’importent leurs crissements suppliants. Vous ne pouvez même pas les aider, vous n’avez pas d’arme. Juste un générateur de portails, ô merveille technologique. Comment ne pas vous sentir un peu responsable ?

Portal 2 cube

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Fièvre psychédélique

pollen couvertureBienvenue dans ce livre dans lequel un sévère rhume des foins accable les habitants de Manchester. Dans lequel un homme-chien conduit son taxi dans des limbes peuplés de tristes zombies. Dans lequel une ombre-flic qui ne peut pas rêver enquête sur un meurtre. Dans lequel un animateur radio pirate diffuse de la musique psyché et des informations secrètes à qui veut l’entendre. Dans lequel une chauffeuse de X-Cab pleure son compagnon décédé, et doit changer de vie. Elle et sa carte de la ville tatouée sur le corps.

Résumer un livre de Jeff Noon, c’est vraiment difficile. J’ai essayé, mais je courais manifestement à l’échec. Il s’agit ici de Pollen, un roman dont l’action se déroule dans le même univers, voire la même ville, que Vurt, le tout premier roman de l’auteur britannique. Rappelons-nous : le Vurt, c’est le rêve. Ce monde est accessible pour tout-un-chacun, hormis quelques malchanceux, via des plumes (cherchez pas). On des plumes de différentes sortes, qui donnent accès à diverses variétés de rêves. Certaines sont communes et douces, d’autres rares et dangereuses. Quiconque reste coincé dans le Vurt est échangé contre un élément du monde réel. Rien ne se perd, rien ne se crée. C’est comme ça. Enfin, signalons que Manchester constitue une frontière poreuse entre le réel et le rêve, et que les trous vont en s’élargissant.

Manchester University Campus

Manchester, aussi bien ville que personnage central de Vurt et de Pollen.

Celui qui entame Pollen après avoir lu Vurt risque de ne pas être trop dépaysé. Dans le cas contraire, il s’agira de s’accrocher un minimum pour adhérer au monde créé par Jeff Noon. Cela dit, Pollen dispose peut-être d’un avantage par rapport à son prédécesseur. En effet, si ce dernier plonge brutalement au milieu d’un univers bizarre doté de règles propres, à la fois humain, animal, robotique, onirique et j’en passe, il est aussi construit à la serpe. Suffisamment pour énerver le lecteur que je suis, et me perdre à diverses reprises. Il en va autrement de Pollen. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’auteur a décidé de nous prendre par la main, mais la progression de cette histoire-ci est plus évidente à suivre. Peut-être est-ce en raison du fait qu’il s’agit au final d’un roman policier. Un roman policier complètement barré, placé dans un univers hautement fantasmagorique, mais dont les bases restent simples : des policiers cherchent à élucider un meurtre, un suspect prend la fuite, et des zombies s’accrochent aux taxis. Biffez la mention inutile.

Pollen Alice au pays des merveilles

Difficile également de ne pas penser à Alice au pays des merveilles, dont Jeff Noon s’est inspiré.

En fait, c’est vachement bien. Pas facile, mais incroyablement original et osé. L’ambiance est poisseuse au possible, les idée foisonnent dans tous les sens. Tout n’y est pas clairement explicité, mais cela contribue au charme de ce Manchester absurde, gluant, vaguement apocalyptique mais pourtant très vivant. On s’attache d’ailleurs assez rapidement aux personnages. Entendons-nous bien : Pollen est peut-être plus clair que Vurt, mais il n’est pas moins fou pour autant. Sauf que cette fois c’est beaucoup plus compréhensible. De là à dire qu’il est préférable de sauter Vurt et de passer directement à Pollen, il y a peut-être un pas à ne pas franchir. Malgré ses imperfections, le premier roman de Jeff Noon est de ceux qui restent longtemps en tête, et Pollen ne s’apprécie peut-être vraiment qu’après l’avoir lu.

Pollen cauchemar longtarin 2

M’est avis que le Franquin des Idées Noires et de certaines planches cauchemardesques de Gaston Lagaffe aurait pu illustrer ce roman à merveille.

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Marins d’eau douce

Ferrailleurs des mers couv2L’auteur américain Paolo Bacigalupi s’est fait connaître en 2009 grâce à La fille automate, roman d’anticipation basé sur l’idée d’un effondrement climatique, écologique et économique dans un avenir proche. Le bouquin m’avait beaucoup plu : malgré quelques longueurs, il est rempli de bonnes idées et fait fonctionner l’imagination à plein régime. Voilà pourquoi c’est sans trop d’inquiétude que je me suis plongé dans la lecture de Ferrailleurs des mers, écrit un an plus tard. Ou alors c’est parce que son titre sonne un peu comme une insulte du capitaine Haddock. Le cerveau vous joue parfois des tours.

Pour qui a lu La fille automate, Ferrailleurs des mers se déroule en terrain connu : ce même avenir à la fois proche et lointain, dans lequel le niveau des mers a englouti une bonne partie des côtes. Cette fois nous ne sommes plus en Asie mais en Nouvelle-Orléans, ou plutôt ce qu’il en reste. Car la vie n’est pas rose, au pays du jazz. L’économie locale est fondée sur le désossage de vieux pétroliers échoués, dont les matériaux sont ensuite revendus au plus offrant. Nailer, un adolescent, évolue au sein d’une équipe de ferrailleurs légers et est un des maillons de cette activité. Il va sans dire que le travail de ces quasi-esclaves est aussi dur que mal payé, et que leur avenir ne tient qu’à un fil. Par-dessus le marché, des ouragans qui feraient passer Katrina pour une petite brise viennent régulièrement s’abattre sur les bidonvilles des environs. Un jour, pourtant, la chance tourne pour Nailer. Suite au passage d’une tempête ravageuse, il découvre un bateau échoué. Pas un vieux pétrolier rouillé cette fois, mais plutôt un de ces navires ultramodernes qu’il voit parfois passer au loin : un clipper. Bourré de richesses, le clipper abrite aussi une survivante dont il va falloir décider du sort.

Il y a eu un petit malentendu entre Ferrailleurs des mers et moi. La comparaison avec La fille automate semble inévitable vu que les deux romans partagent le même univers, mais ces derniers ne jouent en fait pas dans la même catégorie. Nailer est un adolescent, avec des problèmes d’adolescents, dont l’histoire semble donc surtout s’adresser à un public d’adolescents. Ferrailleurs des mers a bien reçu un prix Locus, oui : celui pour jeunes adultes. Ecrit pour les plus jeunes, Ferrailleurs des mers perd en richesse ce qu’il gagne en clarté, mais sa simplicité n’en fait pas un mauvais roman pour autant. Son histoire est efficace, bien rythmée, et ne manque pas de bons moments. Par contre, inutile de s’attendre à des précisions sur le contexte économique et politique de cet avenir délabré : Nailer a d’autres chats à fouetter (par exemple survivre et échapper à un père violent) .

Roman d’aventures mâtiné d’anticipation, Ferrailleurs des mers est en fait une bonne introduction à La fille automate, étant donné la similitude de certaines de leurs thématiques (l’écologie et les manipulations génétiques, notamment).  Toutefois, son éditeur est impardonnable sur un point : je n’avais jamais vu autant de coquilles dans une traduction, ce qui est d’autant plus malheureux pour un roman destiné aux jeunes lecteurs. Du coup, il donne l’impression d’avoir été sorti à la va-vite dans son édition française, ce qui est franchement dommage.

ferrailleurs des mers haddock

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