Histoires capillaires

Des milliards de tapis de cheveux : voilà un roman bien singulier qui, avec son titre capillaire, ne pouvait qu’attiser ma curiosité (ainsi que, facultativement, celle des coiffeurs). Si son titre attire, sa quatrième de couverture allèche en étalant fièrement les prix reçus, à commencer par celui du meilleur roman étranger au Grand Prix de l’Imaginaire 2001 (pour le reste, il y a Wikipédia). Ce roman SF tout droit venu d’Allemagne, de prime abord à la fois classique et atypique, est-il à la hauteur des espérances soulevées ? N’est-il pas trop tiré par les cheveux ?

Pour commencer, l’idée de base est déjà d’une originalité à toute épreuve. Sur une planète que l’on devine désertique et assez peu évoluée se perpétue depuis des millénaires une tradition étrange : le commerce de tapis de cheveux. Des tisseurs consacrent leur vie à la confection de ces tapis à la valeur inestimable, dans le but de les vendre à des marchands qui, eux même, les expédieront par cargo spatial jusqu’au palais de l’Empereur, figure vénérée et immortelle, mi-dieu mi-homme. Si le concept est original, l’univers l’est moins : d’emblée, j’ai pensé à Fondation. Andreas Eschbach, l’auteur, connaît ses classiques mais le tout est heureusement suffisamment bien maîtrisé pour éviter la sensation de copie sans saveur.

Si le fond est intéressant, la forme l’est aussi : chaque chapitre suit un personnage en particulier. Bien évidemment, le lien entre ces personnages n’apparaît pas directement et peut même laisser craindre la lecture d’un roman statique voire ennuyeux, impression appuyée par le fait que les premiers chapitres sont à l’image de cette étrange planète : plutôt lents et terre-à-terre. Sans que cela soit désagréable, c’est pourtant avec plaisir que nous prenons doucement de la hauteur et de la vitesse, et que nous commençons à entrevoir les solutions aux nombreux paradoxes soulevés dès le début, non sans être pris par surprise de temps à autre.

Pour en revenir à la référence à l’univers de Fondation (vaste empire galactique, empereur tout puissant, luttes de pouvoir, différences sociales entre capitale et provinces), je l’imagine assumée sans complexe par l’auteur, qui s’en sert avec un certain brio pour soutenir une histoire baignant dans une atmosphère absurde et un peu mélancolique. Jamais lourdaud ni prétentieux, Des milliards de tapis de cheveux est clairement un roman SF qui a répondu à toutes mes attentes.

Website Pin Facebook Twitter Myspace Friendfeed Technorati del.icio.us Digg Google StumbleUpon Premium Responsive

Publié dans Bouquins | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *