… ça use, ça use…

Invertir. Mmh. Bon. Aux grands mots les grands remèdes* : Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2007 (60.000 mots, 300.000 sens) m’apprend très opportunément que le terme « invertir » est un verbe transitif signifiant « renverser symétriquement ». Merci Robert. Comme quoi, la science fiction, ça fait rêver mais parfois aussi ça enrichit le vocabulaire avec des mots qui existent vraiment. Rien que pour ça, Le monde inverti commence déjà très très bien, mais attaquons-nous maintenant à son contenu.

La première phrase du récit de Christopher Priest est au moins éloquente sur un point : nous sommes plongés dans un univers étrange et inconnu, il s’agit donc d’oublier nos repères et d’accepter comme il vient le monde qui nous est décrit. « J’avais atteint l’âge de mille kilomètres », nous dit là Helward Mann, personnage principal du roman. Manifestement, ces gens-là ne sont pas comme nous, ma bonne dame. Nous apprenons vite que Helward vit sur une espèce de ville mouvante, une société sur roulettes régie par un système de guildes plutôt fermé mais qui semble fonctionner. L’idée de génie c’est que nous découvrons ce monde en même temps que Helward, tout juste sorti de la crèche dans laquelle il a vécu enfermé depuis sa naissance.

Intégrer une guilde donne à ses membres des privilèges certains, notamment celui de pouvoir découvrir à quoi ressemble le monde extérieur, soigneusement caché aux habitants moins ambitieux, ou moins chanceux. Avant d’intégrer celle qu’il souhaite rejoindre, la guilde des « Topographes du Futur », Helward Mann doit d’abord faire ses preuves au sein des cinq autres guildes de la cité Terre, à commencer par la guilde des Voies, dont le travail est de sans arrêt monter les rails qui permettent à la cité d’avancer (et de les démonter derrière elle). Helward y découvre par exemple que la cité fait régulièrement appel à des indigènes, des sédentaires crève-la-faim qui survivent dans des petits villages et qui font office de main d’œuvre bon marché. Au fil de son apprentissage, Helward se pose tout un tas de questions, au nombre desquelles : quel est cet « optimum » que la cité tente d’atteindre en permanence ? Qu’y a-t-il de si terrible « dans le passé » vers lequel il devra lui aussi descendre un jour ? Et nous, lecteurs désorientés, on tente de comprendre : où sommes-nous ?

Car au final, tout revient à ça. On sent confusément que quelque-chose cloche, les descriptions de ce monde étant à la fois familières et bizarres. Si les premières parties du roman se concentrent surtout sur le fonctionnement de la cité, cette société fermée surtout préoccupée par sa survie, la suite réserve au lecteur (et à Helward) des surprises de taille. En fait, je dirais même que ça part totalement en vrille avec un naturel frappant. Finalement, en dire plus risquerait de gâcher le plaisir de la découverte à ceux qui en envisagent la lecture, je vais donc simplement conclure en affirmant qu’il s’agit là d’un roman maîtrisé de bout en bout et qui n’a pas pris une ride malgré ses vingt-sept ans de carrière. Voilà, j’ai adoré ce roman.

* Désolé.

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