Comme au bon vieux temps.

Il y a des gens optimistes, et d’autres moins. Pierre Bordage semblait en tout cas appartenir à la seconde catégorie lorsqu’il écrivit l’Ange de l’Abîme en 2004. La vision de l’Europe du futur dépeinte dans ce roman est des plus désagréables : plongée sous la chape de plomb d’une dictature chrétienne sans pitié instaurée par un certain Archange Michel et ses légions (qui n’ont rien d’angéliques), l’Union est engagée dans une guerre interminable avec, oh surprise, la Grande Nation de l’Islam. Résultat, le continent est sinistré moralement, économiquement, technologiquement, ainsi que toutes sortes d’autres mots se terminant par « ment », et les deux peuples belligérants se haïssent en toute cordialité.

L’auteur nous invite d’abord en France, où nous suivons le destin peu enviable d’un ado prénommé Pibe, amené à se démerder seul après que son quartier ait été rasé par un bombardement. Il ne tarde pas à rencontrer Stef, compagne énigmatique qu’il ne pourra s’empêcher de suivre à travers une Europe méconnaissable. Ce n’est pas tout, d’autres personnages interviennent également, le temps pour nous de suivre un fragment de leur vie puis de les laisser à leur sort. Tous, épouse battue, policier, médecin ou encore écrivain, ont comme point commun de se démener comme ils peuvent dans cet univers hostile et plutôt désespérant.

Mais venons-en au fait. Il ne fait pas de doute que j’ai été totalement pris dans l’histoire qui est ici narrée. Paradoxalement, si l’aventure de Pibe et Stef à un côté épique et plaisant, ce sont surtout les destins des divers personnages presque pris au hasard qui m’ont marqué, probablement parce-que je m’y suis identifié plus facilement. Là où on sent bien que Stef et Pibe sont engagés dans un parcours peu commun, les autres essayent juste de vivre ou survivre à leur manière, pour le meilleur ou pour le pire d’ailleurs.

Toujours est-il qu’il s’agit là d’un roman qu’on peut qualifier sans hésiter de « post 11 septembre ». Choisie parmi un éventail de futurs consécutifs à cet événement, cette histoire, qui suit assez clairement la théorie du choc des civilisations, est clairement l’une des plus pessimistes qu’on puisse imaginer. En fait, si l’Europe dévastée que nous décrit Pierre Bordage est plutôt crédible, j’ai eu beaucoup plus de mal à croire à la manière dont elle est censée sombrer. Cela dit, ça ne m’a pas empêché de beaucoup apprécier ce roman, le premier de Pierre Bordage que je lisais mais probablement pas le dernier.

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