Note théâtrale

La semaine dernière se déroulait à Prague un festival anglais, essentiellement de théâtre mais pas seulement : le « Prague Fringe Festival ». Comme ça aurait quand même été dommage de rater ça, surtout à 50 couronnes la représentation pour les étudiants, j’ai assisté à quelques unes d’entre-elles, cinq très exactement.  Tout d’abord, s’enchaînaient mercredi deux représentations a priori alléchantes : « Life is too good to be true », une pièce de théâtre en provenance des Pays-Bas (qui, si j’ai tout pigé, a gagné le prix du même festival à Amsterdam), suivie une demi heure plus tard dans la même salle par Phebe Starr, une chanteuse censée se situer entre Regina Spektor et Norah Jones. Ce n’est pas tout, le lendemain j’ai assisté à « Requiem for Adam » (catégorisé « Théâtre », « théâtre physique » et « clown » sur le descriptif), vendredi à « Impossible N’Est Pas Français or There’s No Such Word As Can’t», et enfin samedi à « Cooking for love ». Du coup je vais un peu vous raconter ce que j’en ai pensé.

Procédons chronologiquement. Je n’avais pas vraiment pris la peine de détailler la description de « Life is too good to be true » avant de m’y rendre, et c’est avec ravissement que je me suis pris dans la face toutes les surprises balancées par l’unique artiste de la pièce. Les chaises étaient disposées tout autour de la salle de manière à laisser un espace vide au centre où Gable Roelofsen, l’artiste en question, pouvait s’en donner à cœur joie dans son interprétation de Stephen Glass, un journaliste américain célèbre pour avoir inventé de toute pièce la majorité de ses articles. Enfin je dis ça, ça dérape vite vers une série d’autres sujets plus ou moins variés. La barrière de la langue jouant, je n’ai pas forcément compris toutes les subtilités mais j’ai une certitude : quelle performance de folie ! Pour vous donner une idée, l’interprète commence la pièce assis parmi les spectateurs (j’ai d’abord été plutôt surpris au début quand ce type s’est mis à causer sans qu’on ne lui ait rien demandé), et termine son monologue une heure plus tard, en chantant, habillé d’un collant bleu et d’une perruque rose. Entre temps, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. J’ai juste adoré.

Jeudi, j'ai aussi été jeter un oeil à cette église tout en bois située dans un des nombreux parcs de la ville.

Du coup c’est tout ce qu’il y a de plus optimiste que j’ai accueilli la venue de Phebe Starr dans la même salle juste après. La description promettait monts et merveilles : mélange d’électro, d’indie et de jazz, pop intelligente, etc… Bon bah en fait non. Du coup je ne vais pas trop m’attarder dessus, je n’ai juste pas trouvé ça intéressant du tout, et elle devrait définitivement arrêter de raconter sa vie entre chaque morceau (ou alors apprendre à le faire de manière intéressante, ou drôle, ou juste arrêter de rire ridiculement toutes les phrases).

C'est une église orthodoxe qui se situait au départ dans un village (notamment dans l'ouest de l'actuelle Ukraine) mais qui fut déplacée plusieurs fois, pour finalement atterrir ici.

Bref, passons à jeudi : « Requiem for Adam ». Encore un one man show (d’ailleurs je n’ai vu que ça, plus par hasard qu’autre chose), mais dans un style tout différent. En fait ça m’a un peu rappelé Charlie Chaplin, sauf que l’artiste parle parfois. En gros, l’artiste joue Adam qui proteste contre la décision de Dieu de l’éjecter du Paradis, et reconstitue les faits tels qu’il les voit. Plutôt rigolo (particulièrement pour les enfants je pense) et plein de bonnes idées, ça ne m’a pas forcément bouleversé mais j’ai passé un bon moment.

Le parc en question est le parc Petřín, sacrément sympa

La prestation la plus bizarre à laquelle j’ai assisté par contre, c’est clairement « Impossible N’Est Pas Français or There’s No Such Word As Can’t », dont l’unique interprète (Lucy Hopkins) est tout simplement cinglée. Pour être franc, j’ai dû retourner sur le net lire quelques explications à propos de la pièce pour y voir plus clair. En gros, elle interprète cinq personnages. Apparaît d’abord une sorcière (silencieuse), à qui succède une joyeuse personne dotée d’un atroce accent et préoccupée par le meilleur moyen de rencontrer des gens, puis intervient une conteuse condamnée à raconter « Le Petit Chaperon Rouge » alors qu’elle préférerait parler de ses aventures avec un bel espagnol à Paris, s’ensuit alors l’apparition d’une amoureuse passionnée (très), tandis que de temps en temps quelqu’un d’autre (mais toujours la même interprète donc) arrose une plante. Bon, voilà, c’est un peu confus, mais par contre j’ai adoré. Déjà, j’ai trouvé ça très drôle, très basé sur le principe du running gag (du coup si on n’aime pas les running gag ça marche moins bien) et sur les expressions accentuées de chaque personnage. Je crois aussi que c’est plus profond que cela en a l’air, mais la barrière de la langue ne m’a pas aidé à creuser aussi loin que je l’aurais voulu.

J'ai dû prendre cette photo il y a quelques nuits. Par contre je ne sais pas de qui c'est.

Enfin, samedi, « Cooking For Love » commençait vers six heures et quart : la bonne heure pour me mettre en appétit. Moi qui aime bien les concepts originaux, j’ai encore été servi : l’idée de base du comédien (Iwan Dam, un néerlandais) est qu’il raconte son histoire tout en cuisinant. Concrètement, il nous raconte une histoire d’amour, chaque plat correspondant à un lieu, une expérience ou un souvenir. Cerise sur le gâteau : il fait passer les plats dans le public quand il en termine un (le Divadlo Na Pradle, théâtre où avait lieu cette représentation se prêtait d’ailleurs bien à ce genre d’idée étant donné qu’il s’agit plus d’un mix entre un café et un théâtre). L’histoire est plutôt émouvante et drôle (même si je n’ai pas tout compris notamment à cause de trois connards qui discutaient à la table d’à côté) et les plats délicieux : je n’en demandais pas plus.

Et donc voilà, si ce n’est le concert de Phebe Starr qui m’a plus emmerdé qu’autre chose, j’ai vraiment bien aimé les représentations, jusqu’à en regretter de ne m’y être rendu qu’à partir de mercredi alors que ça commençait le samedi précédent. Encore une fois, mention très spéciale à Gable Roelofsen (Life is Too Good To Be True) et Lucy Hopkins (Impossible N’Est Pas Français or There’s No Such Word As Can’t) dont les performances m’ont soufflées.

Cette nuit, j'étais d'humeur à me balader dans le parc en bas de chez moi, Stromovka.

Voilà, je poste cet article alors qu’un bel orage s’abat sur Prague, ce qui me convient plutôt bien si ça permet de rafraîchir la température plus que lourde qui sévit dans la région depuis quelques jours. A part ça, je termine (si tout va bien) mes examens ce mercredi, et je pars en bus pour Berlin vendredi matin jusque lundi soir, histoire de varier un peu le quotidien. Je vous raconterai.

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Une réponse à Note théâtrale

  1. Maman dit :

    Ben génial, je t’envie d’avoir vu tous ces chouettes spectacles!
    Lucy Hopkins m’inspire particulièrement. ;-)
    Bonne merde pour tes derniers exams, bisous!

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