Mais maintenant ? Louer un hélicoptère ?

Hunter S. Thompson, j’le kiffe depuis que j’ai dévoré Gonzo Highway, un recueil de la correspondance de l’écrivain américain fervent pratiquant du journalisme gonzo. Ce type de journalisme, pour l’expliquer brièvement, est particulier dans le sens où il est ultra subjectif : le journaliste fait partie intégrante du reportage et considère que l’objectivité est un mythe. Par conséquent, les récits issus des reportages sont quasi de type fictionnel : inutile de tenter d’être objectif si l’objectivité n’existe pas. Si, à la manière de Thompson, le journaliste est justement sous l’emprise de drogues diverses, la réalité peut prendre alors une forme très particulière à travers les yeux du reporter, et aboutir à cette espèce de road-trip hallucinatoire que constitue Las Vegas Parano.

Bref, je ne veux pas pondre une note sur le journalisme gonzo, je maîtrise de toute façon trop mal le sujet, mais vous partager mes impressions sur cet ouvrage ouvrage de Thompson paru en 1972 aux Etats-Unis sous le titre original de Fear and Loathing in Las Vegas: a Savage Journey to the Heart of the American Dream (que l’on peut traduire par Peur et Dégoût à Las Vegas : un Parcours Sauvage au cœur du Rêve Américain). Thompson tente d’y raconter le plus fidèlement possible la période passée par lui-même (sous le surnom de Raoul Duke) et son avocat, Oscar Zeta Acosta (dit Dr Gonzo), à Las Vegas. Objectif avoué : trouver le Rêve Américain. Tout un programme.

Pour faire court, ce Fear and Loathing est le récit, raconté sous l’influence de la prise quasi constante de drogues diverses (de mémoire : mescaline, LSD, éther, alcool, marijuana, etc, etc), de ce qui à l’origine devait être la simple couverture d’une course de motos située en plein désert aux alentours de Las Vegas. Les péripéties autour de cette course, le Mint 400, constituent la première partie de l’ouvrage (la course en question n’est qu’un prétexte pour d’autres expériences impliquant notamment une baignoire, des pamplemousses ou encore un casino), tandis que la deuxième a un côté encore plus épicé car elle consiste en la couverture de la « convention nationale des procureurs sur les narcotiques et drogues dangereuses », ce qui ne manque pas de piquant. Prenez deux minutes pour tenter d’imaginer le risque pris par deux cinglés roulant dans une voiture de luxe louée à crédit dont le coffre est bourré de stupéfiants en tout genre lorsque qu’ils pénètrent dans un hôtel rempli à ras-bord de policiers dont l’objectif est d’éradiquer la drogue de l’Amérique : plutôt corsé n’est-ce pas ?

J’ai retrouvé dans Las Vegas Parano les mêmes thèmes que dans Gonzo Highway, avec comme toile de fond une espèce de dégoût profond de l’Amérique de Nixon et de la guerre du Vietnam, dont le récit constitue finalement une critique au vitriol, et une forme de nostalgie du début des sixties. Je ne peux pas prétendre avoir tout compris, j’ai eu à la lecture du roman une espèce d’impression constante d’irréalité, tout simplement parce-que je ne suis ni américain, ni sous l’emprise permanente de drogues, ni issu de l’époque en question, et encore moins spécialiste de la « culture de l’acide », je n’ai donc pu qu’au mieux tenter de comprendre ce que Thompson relate. L’impression d’irréalité est accentuée par le fait que les deux protagonistes semblent pouvoir tout se permettre et jouir d’une liberté totale, laquelle semble se payer par une sérieuse paranoïa soulignée selon les drogues utilisées.

Toujours est-il que le Las Vegas de Thompson m’évoque plus un cauchemar américain qu’un quelconque rêve. Est-ce que cela m’a dérangé ? Pas du tout ! J’avais adoré le style d’écriture de Thompson dans Gonzo Highway, je m’en suis régalé dans Fear and Loathing in Las Vegas. Pour conclure, il y a vraiment quelque-chose de jouissif dans cette manière d’écrire. Cela provient peut-être du fait que l’auteur ne prend pas de gants, il ne cherche pas à nous balader mais simplement à nous raconter les faits, ses faits tel que lui-même les perçoit ou les provoque, en se contrefichant puissamment de notre avis ou de celui qui éditera son récit.

La seule manière de se préparer à un voyage de ce genre, pensais-je, était de s’attifer comme des paons humains et de se laisser aller à la folie, puis de traverser le désert en un long cri aigu et de couvrir l’évènement. Ne jamais perdre de vue la mission de départ.

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