Le Goût de l’immortalité

J’y reviens toujours. A quoi donc ? A la SF. Je l’avais quittée avec Nightfall, jugé décevant malgré ses grands noms en couverture, et je l’ai retrouvée avec Le Goût de l’immortalité, signé par Catherine Dufour. En choisissant de me tourner vers ce roman, je savais que j’allais me plonger dans le lauréat du Prix Rosny Aîné 2005 et du Grand Prix de l’Imaginaire 2007, des prix prestigieux récompensant la SF francophone. J’insiste sur le « francophone » : après m’être intéressé à Asimov, Silverberg, R.C. Wilson et d’autres pointures de la SF anglo-saxonne, il était temps pour moi de m’intéresser un peu à ce que font les auteurs SF qui écrivent dans ma langue, car m’est avis qu’ils ne déméritent pas non plus. Un exemple « tout à fait au hasard » : Jules Verne.

Enfin, sans vouloir manquer de respect à l’illustre ancêtre, faisons honneur aux jeunes. Je reviens donc au roman qui m’occupe présentement. Pour changer, l’histoire ne prend pas place sur une planète lointaine ni en Amérique, mais en Mandchourie. Quand ? Dans quelques siècles.Deux ou trois. Il s’agit d’un avenir dystopique (c’est-à-dire grosso modo qu’il n’est pas trop fun) qu’on n’a pas trop de mal à s’imaginer : l’humanité n’y est pas très différente de celle qu’on connaît, elle a simplement continué son bout de chemin pour le meilleur mais surtout pour le pire, guidée par les épidémies, la pollution et les progrès de la génétique. C’est ça, le terrain qui nous intéresse : des tours kilométriques remplies d’être humains génétiquement modifiés plus ou moins aisés plantées au dessus de sous-terrains peuplés du rebut de la société, lequel n’est pas forcément ravi de son sort. Classique, le coup des tours et des sous-terrains ? Peut-être, mais renouvelé avec brio.

La narratrice est énigmatique, et je me garderais bien de trop en dire sur elle. Disons qu’elle est âgée. Très âgée. Et elle nous raconte sa vie, longue et violente, cruelle et sanglante, ainsi que celle de compagnons rencontrés en chemin, non moins difficile. « Viens en au fait ! » me direz-vous, à raison. Si j’ai kiffé ? Oh oui. Si j’ai rêvé ? Cauchemardé plutôt. Frissonné même, certaines scènes sont de l’ordre de l’atrocité pure et simple, de part la manière dont elles sont racontées (une espèce de froid détachement que permet le recul pris par la narratrice) mais aussi par leur plausibilité. Catherine Dufour a construit un univers cohérent et moche peuplé de gens occupés à se débattre avec leur vie (ou ce qu’il en reste). Les personnages du roman sont atypiques : la narratrice bien sûr (enfant, ado, âgée…), à la fois attachante et implacable, mais aussi un enthomologiste bien né (c’est-à-dire occidental) mêlé à une sale histoire de paludisme, une jeune musicienne chinoise qui voit son monde s’écrouler, une guérisseuse malsaine, un leader légendaire, des organisations tentaculaires, des moustiques…

Ce n’est pas un roman dans lequel on entre facilement, pour se détendre un coup entre deux examens. Appréhender cet univers ne se fait pas dès la première page, il faut du temps pour digérer à la fois les inventions liées à l’univers futuriste mais aussi les références à la culture orientale (on n’est pas en Mandchourie pour rien). Quant à l’histoire, elle n’a rien de rose (dramatique est un terme approprié) mais par contre, qu’est-ce qu’elle est bien ficelée. Sans oublier que Catherine Dufour a un sacré sens de la formule et pond de temps à autres des phrases chocs qui ponctuent efficacement la lecture.

En fait je suis plutôt content de moi : j’aurais difficilement pu choisir pire pour commencer à découvrir la SF francophone contemporaine. Voilà qui est de très bon augure. Quant à Catherine Dufour, je risque fort de m’intéresser à ses autres écrits sous peu (certains sont hilarants paraît-il, contraste frappant avec le roman abordé ici).

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