Une fois n’est pas coutume : road-trip familial

Destination : Dora-Mittelbau, à côté de la ville de Nordhausen, dans le Länder de Thuringe, en plein centre de l’Allemagne (et plus précisément dans l’ex-RDA).

But du voyage ? 600km en voiture, c’est long, autant que ça serve à quelque-chose : la finalité en était, d’une part, d’assister à la cérémonie de commémoration des 65 ans de la libération du camp de concentration de Dora-Mittelbau par les américains, et d’autre part d’assister à une autre cérémonie, plus modeste et composée essentiellement de renaisiens, officialisant le don par mon grand-père Maurice Bouchez d’une statue au musée du camp.

Je ne vais pas faire ici de grandes explications sur le camp de concentration, il y a des sources bien plus fiables que moi pour ça, mais on pourrait le résumer ainsi : il s’agissait d’un camp de concentration, et non d’extermination, qui rassemblait à peu près 60.000 prisonniers répartis en divers sous-camps. Ceux-ci travaillaient, dans des conditions qui dépassent mon entendement, à la construction de lignes de chemin de fer (c’était le cas de mon grand-père), en extérieur, mais aussi à l’intérieur de tunnels. La principale fonction du camp était la production des fameuses fusées V2.

Nous avons d’abord logé dans une ville situé à une petite heure de route de là, Leinefeld, très pittoresque mais avec quelques airs de ville fantôme. Le grec était fermé, mais l’italien non. J’y ai mangé des schnitzel à la bolognaise, pour résoudre mon dilemme du moment : dans un resto italien situé en Allemagne, je prends un repas typiquement italien ou typiquement allemand ? Cela m’a semblé un bon compromis, pas forcément délicieux, mais nourrissant.

Vue d’une fenêtre de l’hôtel, situé en zone résidentielle.

Après une nuit dans un hôtel kitsch mais confortable, c’est donc l’esprit serein, pour la plupart, que nous avons pris la direction de Nordhausen lundi matin pour rejoindre le reste de la délégation renaisienne et le petit millier d’autres personnes de divers pays : vétérans, anciens prisonniers, enfants d’anciens prisonniers, petits enfants d’anciens prisonniers, officiels (l’ambassadeur d’Israël notamment), ou que sais-je encore comme personnes concernées de près ou de loin. La cérémonie principale, qui s’est déroulée face au crématorium du camp, fut digne et sincère. Le directeur du musée a d’abord prononcé un discours, traduit en français, avant de céder la parole à d’autres personnes, dont deux anciens prisonniers, un israëlien et un slovène (ce dernier m’a d’ailleurs fasciné par son énergie et la pertinence de ses propos), ainsi qu’une série de jeunes issu de l’association « La Jeunesse pour Dora », dont le but est essentiellement de perpétuer la mémoire des atrocités qui y ont été perpétrées. Il est possible que j’oublie des intervenants, il faut avouer qu’une partie de mon esprit était occupée à lutter contre le froid vraiment, vraiment… froid (les prisonniers à l’époque n’avaient pas de pulls, eux, et rien que de lutter contre ce genre de climat devait déjà être une épreuve terrible).

Le directeur du musée n’a pas manqué de signaler des méfaits récents commis entre-autre sur des tombes juives, ou encore sur une exposition consacrée (je ne me souviens plus des détails) aux atrocités de l’époque, pour insister sur l’importance du travail de mémoire.

La statue offerte par mon grand-père

(je ne retrouve pas le nom du sculpteur)

L’après-midi, nous avons assisté à la petite cérémonie consacrée à la statue, dans le musée cette fois (ouf), avant d’aller jeter un coup d’œil à une petite portion des kilomètres de tunnels qui parsemaient la colline et dans lesquels travaillaient une bonne partie des prisonniers. Je n’en ai pas pris de photos, elles n’auraient montré au mieux qu’un tunnel rempli de débris, une image sans intérêt si elle n’est pas mise dans son contexte. Le reste du camp ayant quasi totalement disparu, ce fut le moment où j’ai peut-être le mieux pu me rendre compte de l’endroit où ces gens étaient condamnés à travailler et à survivre. Quant aux conditions de survie, aucune visite ne pourra jamais en rendre la réelle difficulté je crois. Tant que j’y suis, mon grand-père ne travaillait pas dans ces tunnels mais plutôt vers l’entrée de ceux-ci, à la construction de chemins de fer, et était « logé » dans un sous-camp à 8km du camp principal où nous nous trouvions (y aller n’aurait servi à rien, si ce n’est à visiter une prairie).

Et puis voilà, après ça, il fut déjà temps de reprendre la route. Tant que j’y suis, je n’ai jamais vu autant d’éoliennes en si peu de temps, ce pays en est réellement parsemé, je ne sais pas si elles sont essentiellement placées près des autoroutes mais c’est réellement frappant. Et il ne s’agit pas d’une ou deux par-ci par là, mais de réels champs d’éoliennes. D’ailleurs c’est amusant, mais ces kilomètres d’autoroute m’ont donné l’impression de traverser un pays vide composé pour l’essentiel d’espaces verts, de petits villages pittoresques et d’éoliennes. Ah, et de bolides fonçant à 200km/h sur des autoroutes sans limitation de vitesse (sauf quand elle est limitée à 80 sans raison apparente).

Un dernier mot sur les Klösse de Thuringe, spécialité régionale très particulière qu’on nous a servi à midi : les disparités culturelles concernent AUSSI les papilles gustatives. En voici la recette, contenue dans un mail qui vient de m’arriver à point nommé :

Klösse de Thuringe

Chaud

Pour : 4 Personnes

Temps de préparation: 15 min

Temps de cuisson: 25 min


Les ingrédients :

2 kg de pommes de terre
1/2 L de lait
2 tranches de pain de mie


Préparation :

Mixer les 2/3 des pommes de terre. Cuire l’autre tiers. Le mixer avec le lait. Mélanger les deux purées de pommes de terre.
Couper le pain en petits dés et les faire dorer. Former des boulettes avec la purée et incruster des dés de pain au milieu. Cuire 20 min dans de l’eau bouillante salée.( elles doivent flotter).

Au final, ça donne l’impression de bouffer des espèces de boules blanches gélatineuses, je crois qu’on a tous pensé à les lancer par terre pour vérifier si ça rebondissait.

Bref, tout cela n’est qu’un vague compte-rendu pas franchement rigoureux, s’il y a ici des lecteurs qui souhaitent avoir plus d’informations sur le camp, la cérémonie, voire encore sur ce qu’a vécu mon grand-père, je suis tout à fait prêt à y consacrer un autre billet, il suffit de demander. De plus, si j’ai dit une connerie et qu’un membre de la famille le voit, surtout qu’il me le dise, merci !

C’était dans l’hôtel, moi non plus je n’ai pas compris.

http://www.dora.de/

http://www.dora.de/downloads/french.pdf

http://www.harz-tourisme.com/page-dora.html (site moche mais intéressant, qui contient beaucoup de photos du lieu)

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