Noir de noir

UtopiaUtopia est un court roman d’anticipation égyptien (chose suffisamment rare dans nos contrées pour être signalé) d’Ahmed Khaled Towfik sorti en 2009, puis en 2013 dans sa version française. Plus précisément, il s’agit d’une dystopie dont les événements prennent place dans les environs du Caire en 2023.

Qui dit dystopie dit inquiétude quant à l’avenir, et ce livre en est une illustration évidente. Y est dépeint un type de société que les habitués du genre connaissent : d’un côté les très riches, de l’autre les très pauvres, entre les deux une barrière infranchissables. Utopia, c’est le nom d’une cité remplie de grandes fortunes égyptiennes et protégée par d’anciens GI’s. Oisive, arrogante et invincible, la jeunesse d’Utopia, pourtant, s’ennuie. Elle a tout, mais plus rien ne l’excite, sauf une chose : pour se divertir, ses plus hardis représentants entreprennent parfois de s’infiltrer chez les Autres, les pauvres, dont la vie n’a aucune valeur à leurs yeux. Le but du jeu ? Ramener un trophée, à savoir une partie du corps de leur victime. C’est ainsi qu’un jeune garçon de seize ans et sa compagne décident d’entrer au Caire pour une petite partie de chasse. Les événements ne se passent par contre pas vraiment comme ils l’avaient prévus. Bonne ambiance.

Composé de moins de deux-cent pages, dont les premières peuvent évoquer les débuts de Bret Easton Ellis par leur froide présentation du quotidien d’une jeunesse richissime et désœuvrée, Utopia ne brille pas forcément par l’originalité de son sujet. Là n’est pourtant pas la question. Le soin apporté au style et à la construction du récit est frappant, on peut d’ailleurs souligner la qualité de la traduction de Richard Jacquemont de l’arabe vers le français. La dénonciation des écarts croissants de richesses dans la société égyptienne est, elle, quasiment transparente. En fait, l’auteur a surtout le mérite de ne pas y aller par quatre chemins dans sa manière d’exploser le sombre avenir qu’il entrevoit pour l’Egypte. Froid et pessimiste au possible, Utopia déroule simplement sa noirceur avec efficacité.

Et pour en revenir à un quotidien moins sordide, cette semaine sur Etoiles et satellites on cause des petites expériences de l’Agence spatiale européenne et de SpaceX.

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Publié dans Bouquins | Marqué avec , , , | 3 commentaires

3 réponses à Noir de noir

  1. lamuya-zimina dit :

    Ça a l’air intéressant !

    Tiens, en parlant d’inégalités et de science-fiction… Je me rappelle avoir lu quelque part (mais je n’arrive pas à me rappeler où) que si les inégalités continuaient à s’aggraver, sur le très long terme, les différences de modes de vie pourraient carrément donner naissance à deux espèces humaines différentes.

    • Noni dit :

      Marrant, ça ressemble fort au concept de La machine à remonter le temps ça. Les Morlocks et les Eloïs y sont exactement ça : deux espèces humaines différentes devenues telles après des millions d’années d’évolution, l’une à trimer dans les mines et l’autre à en tirer les bénéfices sans avoir rien à faire.

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