La méprise

La separationUne fois n’est pas coutume, commençons par une petite histoire personnelle et un conseil. Sorti en 2002, La séparation est déjà presque un classique de la science-fiction. Il a reçu de nombreux prix et son auteur, Christopher Priest est incontestablement une sommité du genre. De quoi en envisager la lecture avec optimisme, d’autant que mes expériences précédentes de l’auteur s’étaient avérées largement positives, quoique déconcertantes. Pourtant, je l’aurais bien balancé de rage par la fenêtre une fois sa dernière page tournée, si le désespoir ne l’avait pas emporté.

Pendant les quatre jours suivants, je l’ai voué aux gémonies. J’avais la sensation de m’être fait escroquer par presque cinq cent pages de papier et un peu d’encre. Puis, tout s’est éclairé. Voici donc mon conseil : si vous voulez saisir les tenants et aboutissants d’un livre, quel qu’il soit, commencez par ne pas confondre les noms des deux protagonistes principaux pendant la moitié du bouquin, surtout si ces derniers sont des jumeaux.

clapclap

Cette introduction faite, passons au vif du sujet. La séparation est un roman plus historique que SF, mâtiné d’un peu d’uchronie. A la base, nous suivons les efforts d’un historien à la recherche d’informations sur un certain J.L. Sawyer. Ce dernier aurait été, durant la seconde guerre mondiale, tout à la fois capitaine dans l’armée de l’air britannique et objecteur de conscience, d’où un certain mystère sur son cas. Il apparaît rapidement qu’il existait à l’époque non pas un mais deux Sawyer, des jumeaux : Jack le militaire et Joe l’ambulancier.*

Ce n’est pas tout. En 1941, un proche de Hitler nommé Rudolph Hess s’est enfui en avion jusqu’au Royaume-Uni dans le but de négocier une paix séparée. La tentative, qui a bien évidemment échoué, reste encore controversée de nos jours et constitue un des éléments centraux de La séparation. En fait, sa dimension uchronique consiste à se demander ce qu’il serait advenu en cas de réussite. Cela dit, Christopher Priest ne s’intéresse pas tant  aux conséquences de l’événement qu’à son contexte et à ses causes.

Finalement, ce qui nous intéresse surtout, c’est le rôle joué par les Sawyer dans cette histoire. Le livre se divise grosso modo en deux parties, chacune pour un des jumeaux que la vie et la guerre ont séparés. Alors que Jack bombarde les villes allemandes, Joe se débat dans un Londres écrasé par le blitz nazi. Le trouble s’installe quand le lecteur réalise que l’un et l’autre vivent des réalités légèrement différentes mais qui s’entrecroisent. Comme on peut s’y attendre venant d’une histoire écrite par Christopher Priest, le lecteur est amené à s’interroger sur la nature de la réalité qui lui est présentée. Où se trouve le réel, exactement ? Même le point de divergence nécessaire à la fabrique d’une uchronie (la tentative de Rudolph Hess) s’avère plus flou qu’il ne le paraît. Cependant, l’histoire avance et s’avère passionnante, d’autant que les thèmes tels que le pacifisme et la diplomatie en temps de guerre sont vraiment bien traités.

Bon, j’ai évidemment un peu de mal à parler du bouquin sereinement vu que je me suis en partie torpillé l’expérience pour une bête histoire de nom. Je ne pense toutefois pas que ce soit dû à un manque de clarté du bouquin, même s’il peut éventuellement apparaître plus complexe qu’il ne l’est réellement. Il s’agit au final d’une boucle assez admirable mais où le doute subsiste, et dans laquelle le lecteur est bien obligé de se concentrer un minimum pour suivre vu que des indices sont dispersés un peu partout. En ce qui me concerne, je ferai surtout attention la prochaine fois que je croise des jumeaux dans un bouquin.

* Quant aux autres Dalton, nul ne sait ce qu’ils sont devenus.
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