Rêves de gosse

Quitte à me répéter, ce qui me plaît tellement dans la science fiction, c’est la liberté que peut s’offrir le romancier en décidant d’écrire une histoire dans ce genre. J’adore l’idée qu’un seul concept en béton, s’il est alimenté par un écrivain un minimum doué, peut aboutir à un roman de cinq cent pages à la fois original et passionnant. Prenez Les Chronolithes, de Robert C. Wilson, le concept est simple : un monolithe géant surgit sans crier gare en Asie et annonce la victoire d’un chef de guerre dans un futur pas très lointain. Le concept est là, et l’écrivain garde toute liberté de le développer de façon trash, conventionnelle, cucul, absurde, réaliste… C’est pour ça que j’aime la science-fiction : Douglas Adams et Robert C. Wilson ont comme point commun de rêver aux étoiles, mais traitent leurs idées de manières très différentes.

J’aime aussi la science-fiction par les possibilités qu’elle offre de « vivre » des rêves de gosse. Tenez par exemple, quand j’étais petit l’archéologie me faisait rêver : déterrer des restes de civilisations éteintes depuis des milliers d’année, imaginer comment pouvaient bien vivre ces gens, pourquoi ils ont disparu… c’était magique. A l’opposé, j’étais fasciné par les bouquins sur l’espace : la conquête spatiale, Apollo, les sondes parties visiter Venus, Mars, Saturne, les télescopes braqués sur des lointaines galaxies où, peut-être, des p’tits hommes verts étendaient un empire florissant… Rêver, toujours rêver.

Et puis tout récemment, au détour d’un rayonnage virtuel, je tombe sur un bouquin nommé Les Machines de Dieu (The Engines of God), d’un certain Jack McDevitt, inconnu au bataillon. Un œil à la quatrième de couverture m’apprend que l’intrigue traite d’archéologie dans l’espace : deux rêves de gosse pour le prix d’un ! Banco madame, j’achète.

Plus concrètement, l’histoire prend place au XXIIIème siècle : la planète Terre continue de crever à petits feux et la situation devient très préoccupante (les famines semblent devenir courantes). Mais la recherche scientifique suit son cours et les Hommes peuvent désormais atteindre aisément les étoiles les plus proches, autour desquelles des chercheurs ont repérés des planètes habitées, ou bien qui l’ont été. Mieux, de gigantesques et magnifiques monuments sont découverts éparpillés dans l’espace (dont un dans le système solaire) : statues, formes géométriques parfaites en orbite, etc… Pourtant, Les Bâtisseurs de Monuments, comme les appellent les chercheurs, semblent avoir disparu de la circulation depuis un sacré bout de temps. Parallèlement, nous suivons une équipe d’archéologues en pleines fouilles sur la planète Quraqua, d’où toute civilisation intelligente a également foutu le camp on ne sait trop pourquoi, non sans laisser des tas de vestiges passionnants. Problème, cette planète est également destinée à être terraformée au plus vite, et certains en ont assez qu’une bande de rigolos ralentissent le projet pour une histoire de temple enfoui et de possibles découvertes fondamentales.

Voilà, si vous êtes comme moi ça devrait vous donner envie. J’ai été franchement happé par l’intrigue, même si certaines longues descriptions m’ont parfois semblées inutiles (mais il s’agissait plutôt d’impatience de connaître la suite). Les personnages sont intéressants et, tout comme l’intrigue, ils sont crédibles. Pour un roman de ce type, ça me paraît indispensable. Des questions intéressantes sont de plus soulevées, telles que le conflit d’intérêt entre la recherche fondamentale et l’action plus concrète consistant à apporter des réponses à des problèmes urgents : deux nobles causes, des êtres humains motivés par des bonnes ou mauvaises intentions dans les deux cas, mais au final deux clans qui se marchent tristement sur les pieds. Dans Les Machines de Dieu, une bonne partie de l’histoire est consacrée à l’opposition entre les archéologues de l’Académie et les terraformeurs de la société Kosmik. Mais pas que. Le concept de base du roman reste le mystère autour de ces mystérieux grands monuments et leurs non moins mystérieux bâtisseurs : qui étaient-ils, quand, et pourquoi ne viennent-ils pas dire bonjour ?

J’ai encore bien rêvé, je suis content. Ah, et en plus, les aventures de Priscillia Hutchins, la pilote et personnage principale du roman, continuent dans Deepsix, la suite d’un cycle de six bouquins (qui ne signifie pas pour autant que la fin des Machines de Dieu nous laisse en plan, et c’est plutôt un bon point).

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