Plaisir coupable

la conquête du mondeC’est un constat de base : j’ai dévoré les deux-cent pages de La conquête du monde avec un plaisir que je n’avais pas ressenti depuis longtemps à la lecture d’un roman. Une espèce de satisfaction jubilatoire difficilement explicable. Mais dans ce cas, comment écrire une critique pertinente ? Bien sûr, c’est tout le talent de l’auteure, Sibylle Grimbert, d’avoir réussi à me donner l’impression que ce roman était fait pour moi à ce moment précis. C’est aussi bien joué de ma part de l’avoir emprunté à la bibliothèque, tout comme je peux remercier le ou la bibliothécaire de l’avoir placé dans sa sélection de l’année. Cela dit, je me demande quel est le facteur le plus important. La qualité brute du bouquin, ou l’état d’esprit du lecteur, son vécu, son humeur ? Probablement les deux.

Dans le cas de La conquête du monde, le lecteur ferait bien de pouvoir prendre un certain plaisir à assister au malheur des autres. En l’occurrence, il s’agit ici d’apprécier la chute interminable d’un vainqueur, Ludovic. Le genre de type non seulement ambitieux mais qui se donne, en plus, les moyens d’aller toujours plus loin, jusqu’à posséder tout un tas de contacts utiles, plein de thunes et du pouvoir. Sauf qu’un jour ça dérape. D’abord doucement, juste des détails par-ci par-là. Et puis tout s’accélère, et la poisse s’accumule comme un gros tas de fumier au sein duquel Ludovic se noie de plus en plus profondément. Et le lecteur, pour peu qu’il soit de bonne disposition, ne peut qu’assister ébahi à une magnifique démonstration d’effondrement total. Pour être honnête, je crois qu’on peut qualifier de malsain le plaisir que j’ai pris à contempler le naufrage inattendu mais pourtant inéluctable d’un inconnu qui ne m’avait rien demandé mais qui avait tout pour m’agacer.

Autant pour mon sens moral, mais j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre.

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