Comestible douteux

Troisième tome des Aventures de Spirou et Fantasio par…, Le Tombeau des Champignac semble vouloir traiter le duo de reporters « à l’ancienne. » La méthode est d’ailleurs revendiquée, les deux auteurs (Tarrin et Yann) clamant ouvertement leur admiration pour Franquin. D’ailleurs, après tout, qui n’admire pas Franquin ? Le lecteur se retrouve donc avec un dessin rappelant quelque peu la vieille et glorieuse époque du créateur de Gaston Lagaffe, tandis que la Turbotraction fait un retour fracassant dès la couverture. Mais ce n’est pas tout. Comme il se doit pour un one-shot, Tarrin et Yann ajoutent aux ingrédients déjà présents leur propre vision de Spirou et Fantasio, laquelle m’échappe un peu.

En bref, il est question dans cet album d’une montagne imprenable, d’une princesse des glaces, d’une crypte mystérieuse, d’un animal bizarre ou encore de l’ancêtre du Comte de Champignac. Je pourrais résumer ça correctement mais force est de constater que, après plusieurs lectures, certains liens logiques m’échappent encore. Il faut dire que les auteurs font tout pour concentrer l’attention du lecteur sur d’autres éléments. Sur Pacôme de Champignac, par exemple, complètement hystérique. Mais plus encore sur Seccotine, véritable peste séductrice s’amusant à rouler dans la farine Spirou et Fantasio, qu’on a connus plus entreprenants.

Voici donc comment Yann et Tarrin voient les choses : Fantasio est un gros naze aigri, Spirou un aimable naïf, Seccotine une manipulatrice sans scrupule et le Comte de Champignac un vieux dingue rongé par l’amertume. Alors oui, ce sont des caractéristiques qu’ils possèdent tous, elles reviennent de temps à autre tout au long de la série (la crise de Fantasio dans La Vallée des Bannis, la fatigue de Champignac dans L’Ombre du Z…), mais était-il nécessaire de les accentuer à ce point ? D’autant que l’ambiance globale de l’album est plutôt déplaisante. Si cela sous-tendait une aventure délirante justifiant cette caricature, pourquoi pas ? Mais non, l’histoire manque considérablement de punch, voire est complètement accessoire. Certains passages sont même suffisamment nébuleux, voire incohérents, pour qu’on se demande ce qu’ils viennent faire là.

Alors oui, on trouve quelques bonnes idées par-ci par-là ainsi que des références rigolotes, on voit du pays et le dessin est bien fichu malgré son manque d’audace. D’ailleurs, j’admets que le paradoxe entre le classicisme du dessin et le comportement des personnages a quelque chose de positif : il ne laisse pas indifférent. Mais même si le contrat est rempli et que les auteurs ont le mérite d’avoir osé un ton peu habituel pour la série, moi, j’ai trouvé le résultat désagréable (et pourtant, j’aime être surpris). Le plus étrange, au final, c’est que je le relis régulièrement, cet album. Probablement que j’espère à chaque fois une révélation qui ne vient pas.

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