Résistance et parachutes

Derrière HHhH se cache l’histoire d’un assassinat. Celui de Reinhard Heydrich : chef des services de sécurité de l’Allemagne nazie, général SS, organisateur de l’holocauste et bras droit de Himmler. Ça vous pose l’ambiance.

Petit rappel historique. Pendant la guerre, la Tchécoslovaquie est démembrée : nous avons d’une part le Protectorat de Bohême-Moravie (grosso modo la République Tchèque actuelle amputée, depuis 1938, de la couronne des Sudètes), intégré au Reich, et d’autre part la Slovaquie formellement indépendante mais satellisée au régime nazi. En septembre 1941, Heydrich est nommé « protecteur » de Bohême-Moravie et s’installe au château de Prague où il s’apprête à diriger la région d’une main de fer (son prédécesseur était trop mou, paraît-il). Avec HHhH, Laurent Binet raconte comment deux soldats entraînés et décidés lui ont fait la peau au printemps 1942, après avoir été parachutés depuis Londres.

Ce roman a plusieurs facettes. D’une part, l’auteur se concentre sur la vie de Heydrich, de sa jeunesse à son engagement dans le parti nazi, puis sa rapide ascension au sein de ce dernier. Cela nous amène inexorablement à Prague, que Laurent Binet connaît bien vu qu’il y a passé une partie de sa vie. Une deuxième facette de HHhH concerne l’auteur lui-même, ou plutôt la conception du roman. Laurent Binet interrompt souvent le fil de son récit pour nous expliquer ses choix, voire contredire ce qu’il a écrit deux pages auparavant. De plus, il se permet à quelques reprises de comparer son propre traitement de l’affaire avec celui d’autres ouvrages et s’interroge sur le bien fondé de ses choix ou de ceux de ses confrères. Si cette méthode a un côté déconcertant et perturbe le rythme du roman, la lecture n’en reste pas moins fluide et accessible.

Une autre facette du roman concerne évidemment l’assassinat en lui-même. Pour cela, Laurent Binet se concentre alors sur les deux protagonistes principaux, le slovaque Jozef Gabčik et le tchèque Jan Kubiš. Sans oublier tous ceux qui ont rendu possible l’opération Anthropoïde, dont l’objectif était l’élimination de Reinhard Heydrich, il ne manque jamais une occasion d’exposer l’admiration qu’il voue aux deux parachutistes (une admiration sincère, il m’a semblé). Il met aussi bien en avant l’importance capitale de cette opération pour le gouvernement tchécoslovaque en exil et pour la résistance tchèque mise à mal par la politique du « protecteur » de Bohême-Moravie.

Tout au long du roman, Laurent Binet parle autant de Heydrich et de la résistance tchèque que de lui-même, dans la mesure où il ne s’empêche pas de nous faire partager son ressenti sur le travail qu’il a fourni en l’écrivant. On peut trouver ça contestable voire déplacé, personnellement je trouve ça intéressant. J’ai aussi la chance d’avoir vécu à Prague quelques mois. Or Binet prend beaucoup de soin à décrire la ville, ses rues caractéristiques, ses places et ses églises, que j’ai pour la plupart parcourues ou au moins aperçues. Les descriptions sont fidèles mais surtout communicatives, l’auteur réussit à transmettre sans difficulté l’amour qu’il porte à Prague.

Par rapport à quelqu’un qui n’aurait jamais fait l’expérience de l’atmosphère caractéristique de cette ville, j’ai probablement bénéficié d’une chance supplémentaire d’apprécier HHhH. En fait, j’ai littéralement englouti ce roman, tant pour l’Histoire (avec un grand H, encore un) qu’il raconte que pour le processus d’écriture que Laurent Binet nous expose.

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