Au temps des tsarines

On peut trouver plein de raisons de se lancer dans un roman comme La fille du capitaine. Pour moi, c’était avant tout la nécessité de louer un livre susceptible de tenir dans la poche intérieure de ma veste. C’est bête, mais c’est comme ça. En outre, j’ai aussi consacré une bonne partie de mes études à étudier l’histoire et la politique russes, le nom de Pouchkine ne m’était donc pas inconnu (mais se limitait essentiellement à une anecdote*). Pourquoi alors La fille du capitaine, précisément ? Je crois que c’est parce-que ça m’évoquait une chanson de Jean-Louis Murat. Et puis j’avais deux mornes heures de train à tuer : m’évader dans la Russie du XVIIIème siècle n’était donc pas pour me déplaire.

C’est comme ça que j’ai fait la connaissance de Piotr Andréievitch Griniev, jeune noble envoyé par ses parents aux confins de l’empire pour servir dans l’armée. A sa grande déception, il n’est pas envoyé à Saint-Pétersbourg mais dans un fort situé près d’Orenbourg, dans l’Oural (pas loin de l’actuel Kazakhstan). Après un trajet ponctué de quelques rencontres étonnantes, il arrive finalement à l’endroit désigné et découvre un lieu plutôt agréable. Chaleureux, même. Le capitaine du fort est un vieil homme sympathique, débonnaire, qui a laissé la direction effective du lieu à sa chère femme, laquelle s’en occupe comme de sa famille. Piotr rencontre aussi leur fille, Marie, dont il tombe rapidement amoureux. Il croit aussi se faire un ami en la personne de Chvabrine, avec qui il partage un certain goût pour la culture. Malheureusement, les relations entre les deux officiers tendent à se détériorer. Pendant ce temps, une révolution est en marche.

Nous ne sommes pas en 1917 mais aux environs de 1774, la révolte en question ne concerne donc pas une bande de bolchéviques mais des cosaques menés par un certain Pougatchev. Prétendant être l’empereur Pierre III, assassiné 11 ans plus tôt, ce triste sire a rassemblé autour de lui une multitude de cosaques mécontents, essentiellement des paysans, auxquels se joignent d’autres peuplades de la région. Manque de bol pour notre héros : cette région, c’est celle où il vient d’entamer son idylle. N’écoutant que son devoir (c’est un héros à l’ancienne), il prend donc les armes.

La relation entre Marie et Piotr est des plus classiques, typique des amoureux transis séparés par une guerre dans laquelle le héros se retrouve impliqué malgré lui. Rien de franchement révolutionnaire, si ce n’est que ça reste très bien raconté. Quant aux personnages, la plupart sont simples mais savoureux. Le couple formé par le capitaine et sa femme est formidable, par exemple, et le vieux serviteur de Piotr est à la fois insupportable et attendrissant dans sa fidélité à toute épreuve. Et puis il y a Pougatchev. C’est le personnage le plus singulier du livre. Conquérant cruel et sans merci, il se voit attribuer par Pouchkine des caractéristiques plus subtiles. Du coup, c’est ce personnage et sa relation avec Piotr qui font tout le sel de La fille du capitaine.

Il ne s’agit donc en rien d’un drame psychologique complexe. La fille du capitaine est plutôt un roman d’aventure propice à la rêverie et à l’imagination. Pouchkine nous emmène avec simplicité au temps de la Russie des tsars et on s’imaginerait presque aux côtés des soldats de l’impératrice Catherine II. Il nous donne aussi l’occasion d’entrevoir le quotidien de l’époque, mais aussi la situation politique compliquée qui caractérisait et caractérise toujours ce vaste pays. Tout sauf une perte de temps.

* Pouchkine est en fait le descendant d’Abraham Pétrovitch Hanibal, esclave africain amené tout jeune en Russie sous l’ordre de l’empereur Pierre le Grand puis devenu général. En fait, ça paraît un peu inutile de connaître cette information sans avoir rien lu sur l’auteur lui-même.
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