Lente dépression

On a beau s’attendre à quelque-chose de pas très gai, l’effet produit par Jolies Ténèbres n’en reste pas moins saisissant. Mieux vaut être prévenu : malgré le look mignon et coloré des personnages qui la peuplent, cette BD tout en contrastes n’a rien d’une agréable récréation.

Les premières pages mettent rapidement la puce à l’oreille : faire surgir une multitude de petits personnages enfantins du cadavre d’une fillette récemment laissée pour morte n’est pas forcément ce qu’il y a de plus charmant. Mais soit. A priori, ce petit peuple est attendrissant. Perdus et désorientés dans leur nouvel environnement forestier, ils sont rapidement pris en main par Aurore (qui n’est pas sans rappeler Alice, celle du pays des merveilles), naïve et courageuse, qui n’a d’autre but que d’assurer leur subsistance du mieux qu’elle le peut.

Cette petite société va-t-elle s’organiser harmonieusement, s’installer dans des champignons et se faire discrète pour éviter Gargamel ? Pas vraiment. En fait, chaque page (admirablement dessinée par Kerascoët, au demeurant) donne rapidement lieu à son lot d’événements glaçants. Si Aurore a tous les attributs de l’humanité dans ce qu’elle a de plus sympathique, on ne peut pas en dire autant de ses compagnons. Pour faire court, c’est un peu comme si toutes les facettes brutes d’un être humain se libéraient de leurs entraves. Le panel des comportements va de la simple médiocrité à la cruauté pure, tandis que le cadavre de la fillette se décompose lentement en toile de fond.

En fait c’est affreux, mais fascinant. D’ailleurs je ne sais pas très bien ce que les scénaristes Fabien Vehlmann et Marie Pommepuy ont voulu exprimer : ils se gardent bien d’en dire plus que nécessaire et c’est très bien comme ça. Etant donné l’absence de narrateur, le lecteur se retrouve donc spectateur impuissant d’un théâtre immonde où la mort est omniprésente. Pas d’autre choix que d’encaisser.

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