Vlon.

C’était un vendredi après-midi. J’étais confortablement assis dans un auditoire de Louvain-La-Neuve et je suivais un cours intitulé Stratégie et sécurité internationale. C’était un cours vraiment sympa, le genre de ceux qu’un étudiant de relations internationales s’attend à suivre lorsqu’il s’inscrit en 1ère mais qu’il attend deux ou trois ans avant de réellement toucher. Le thème du cours était la « prise de décision ». Qu’est-ce que c’est ? Il s’agit grosso modo de l’analyse des décisions prises par des dirigeants. Ca a l’air tout bête comme ça mais, en fait, pas du tout.

En ce qui me concerne, j’ai déjà du mal à prendre une décision bénigne, mais imaginons un peu le bordel que ça doit être quand il s’agit de gérer la politique étrangère d’un pays. Une guerre éclate dans une ancienne colonie, paf, que faire ? La presse s’emballe, le parlement réclame des comptes, les ressortissants du pays sur place sont menacés : il faut s’activer, et dans l’urgence s’il vous plaît, pas question de se lancer dans une longue et vaste analyse de la question. La décision d’intervenir ou pas, et de quelle manière, doit se prendre dans un intervalle de temps très court. Evidemment, un ministre dispose d’un cabinet, bourré de conseillers qui, eux-mêmes, ont leurs avis et ambitions personnelles. Les leaders, eux-mêmes, ne sont pas tous identiques, il y en a de plusieurs styles (certains sont plus impulsifs ou réfléchis que d’autres). Bref, on nous racontait tout ça quand tout à coup le prof de stratégie nous conseille une BD. Là, comme ça, sans prévenir.

« Vous connaissez Quai d’Orsay ? C’est une BD, c’est très bon » qu’il nous sort ainsi.

Silence mortel. Je ne sais pas si c’est par ignorance ou par surprise, mais personne n’a réagi (en ce qui me concerne, c’était les deux). Ca l’a un peu décontenancé, le prof. Alors il a juste dit que si on voulait en savoir plus sur le foutoir que c’est de prendre des décisions, ou tout simplement de gérer la politique étrangère d’un pays, cette BD valait de l’or. J’ai donc noté, religieusement.

Les deux auteurs de ces Chroniques diplomatiques sont le dessinateur Christophe Blain et le scénariste Abel Lanzac. Ce dernier utilise un pseudonyme, et pour cause : il a travaillé dans le cabinet de Dominique de Villepin du temps où il était ministre des Affaires étrangères, quand Jacques Chirac était président (ça paraît loin, hein ?). C’est de cela que Quai d’Orsay s’inspire. Nous suivons Arthur Vlaminck, chargé de la communication au sein du cabinet d’Alexandre Taillard de Vorms, une caricature évidente de Dominique de Villepin. Arthur ne va pas tarder à constater que le ministre est un personnage particulier : constamment en mouvement, idéaliste, emporté, impatient, ayant une haute opinion de sa fonction et, pour tout dire, carrément difficile à suivre. Heureusement, son directeur de cabinet, d’un calme olympien, est là pour calmer le jeu et traduire les desiderata du ministre.

Ce qui m’a frappé, c’est l’absence totale de vulgarité du propos. Contrairement à de nombreuses BD de type politique, Quai d’Orsay évite les blagues faciles et vaseuses. On se rapprocherait plutôt d’un travail journalistique à caractère humoristique : il s’agit pour les auteurs de montrer le fonctionnement d’un cabinet de ministre dans son travail quotidien mais aussi confronté à des crises internationales soudaines. De Villepin n’est ni épargné ni adulé, son personnage est à la fois agaçant et impressionnant, c’est tout simplement un être humain atypique qui nous est décrit là, en dehors de toute considération politique. Abel Lanzac ne manque pas non plus d’évoquer les répercussions de ce métier sur la vie personnelle des conseillers, les coups bas entre ces derniers, mais aussi la pratique de la diplomatie au plus haut niveau.

Quant au dessin, il est adapté au propos et contribue énormément à faire de Taillard de Vorms ce personnage à la fois insaisissable et omniprésent. Le but, là, n’est pas de faire dans le dessin réaliste et ce parti pris ajoute au côté rafraichissant de l’ouvrage. J’ajouterais même que cela contribue à le rendre plus accessible, sans que cela ne soit péjoratif pour un sou. Quai d’Orsay est bel et bien, au final, une BD drôle, intelligente et pleine de bonnes idées. Mon prof de stratégie avait raison : c’est très bon.

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Une réponse à Vlon.

  1. Marie Soroge dit :

    Quand je te lis , j’en veux encore … Tu me donnes toujours envie d’en savoir plus !
    A quand les articles sur les livres qui t’ont déçus ?! J’attends ton prochain article avec impatience :)
    Bisous Bisous Arnaud.

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