Tempus fugit

Puisque, pour une fois, le temps se fait suffisamment clément pour permettre à mon cerveau de se consacrer à autre chose que « suer et rester en vie », le moment me paraît approprié pour évoquer Le Déchronologue, écrit par Stéphane Beauverger et sorti en 2009. Estampillé science-fiction, ce roman nous emmène pourtant dans un passé pas trop lointain, au temps où l’Empire espagnol régnait sur l’océan et que des pirates sévissaient ailleurs que sur les côtes somaliennes.

Le concept de base : nous sommes au milieu du XVIIème siècle et le fier capitaine Henri Villon vaque à ses activités de flibustier dans les Caraïbes. Alors que sa vie est déjà bien remplie, d’étranges phénomènes viennent pimenter un peu plus son quotidien : les maravillas, du nom espagnol donné à divers objets aux propriétés fascinantes et dont il aimerait bien découvrir la provenance. Pour compléter le tableau, des machins volants aussi inquiétants que non identifiés rôdent dans les Caraïbes. En fait, la manière dont est construit le bouquin me permet même d’aller un peu plus loin sans risquer de spoiler à tout va. L’introduction au livre est en effet suffisamment claire : il sera question de distorsions temporelles et d’anachronismes.

Pour peu que ce soit bien amené, c’est une base qui incite à l’optimisme. Et c’est là que je m’enthousiasme parce que, oui, c’est le cas. L’assemblage des chapitres allie par exemple la forme au fond : au chapitre premier succède le chapitre XVI, donnant une impression d’aléatoire évidemment très calculée. Le lecteur saute ainsi régulièrement d’une situation à une autre, l’idée étant de savoir ce qui a bien pu se passer entre les deux pour en arriver là. Bref, si la construction m’a beaucoup plu, les qualités d’écriture de Stéphane Beauverger sont également à mettre en avant. Car c’est bien beau de mettre en scène un valeureux capitaine au verbe châtié, mais faut-il encore que ça sonne crédible. Et bien, de fait, l’auteur réussit la performance de rendre les pensées du capitaine Villon à la fois agréables à lire, très joliment écrites, mais aussi accessibles à tout un chacun. Ce n’est ni trop facile ni ennuyeux, ni lourd.

Pour en revenir à l’intrigue, le terme « épique » m’est assez rapidement venu à l’esprit. Si l’on reste globalement centré sur les Caraïbes, cela n’empêche pas le capitaine Villon de voir du pays et de rencontrer de multiples personnages aux allégeances diverses. Qu’il l’ait voulu ou non, il se retrouve rapidement acteur majeur d’une histoire où tout évolue très vite. Bref, ce n’est probablement pas un hasard si Le Déchronologue a reçu quatre prix à sa sortie. A en juger par la qualité de ce roman et de la production d’autres auteurs tels que Catherine Dufour, il semble que la science-fiction francophone se porte plutôt bien. D’un point de vue plus personnel, je n’ai pas pu m’empêcher de constater que les deux bouquins qui m’ont le plus plu en cette première partie d’année (Outrage et Rébellion et celui-ci) mettaient en scène des alcooliques dépravés dans un monde à la dérive. Un hasard, probablement.

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