Système D(irk)

Adapter Dirk Gently en série, a priori, c’est à la fois une idée de génie et un suicide collectif (à moins de s’y prendre seul). Franchement, le premier bouquin, pour ne parler que de lui, est à ce point tarabiscoté qu’on peut douter de la simple possibilité de le porter sur un écran sans le transformer en colossal échec. Toutefois, avant toute chose, laissons la parole à Howard Overman, scénariste du pilote de la série : « Je ne vais même pas essayer d’adapter le livre : vous ne pouvez pas adapter cette histoire. Particulièrement pas avec un budget BBC Four. […] Si nous l’avions fait, les fans se seraient senti abandonnés parce-que vous ne pouvez jamais représenter ce monde sur un écran aussi bien que dans l’imagination des gens » (pour la source : c’est ici).

Le parti pris est clair, argumenté, et je dirais même judicieux. L’adaptation prend donc la forme d’une minisérie comme on en voit assez souvent ces temps derniers : après un pilote sorti en 2010, les trois épisodes classiques ont été diffusés en mars 2012 et mettent en scène Dirk Gently, détective bordélique et sans le sou mais néanmoins persuadé du bien fondé de ses théories. Notre détective holistique croit en effet à l’interconnexion fondamentale de toute chose, ce qui revient à ne surtout pas suivre une quelconque logique si par chance quelqu’un fait appel à ses services. Le pilote de 2010 raconte les circonstances des retrouvailles de Dirk avec un ancien condisciple vaguement paumé, Richard MacDuff, qui deviendra son Dr Watson à lui, et les épisodes suivant les mettent dans des situations plutôt insensées. A noter que c’est encore le pilote qui va le plus loin en mêlant disparition de chat et voyage dans le temps.

Voilà donc un duo qui résout des enquêtes dans un esprit british : difficile de ne pas faire la comparaison avec Sherlock, dont les aventures sévissent sur BBC One. Pourtant, si Sherlock et Dirk Gently ont tous deux la particularité d’être des détectives très difficiles à vivre, la ressemblance s’arrête là. L’un est exceptionnellement doué mais insupportable, l’autre a simplement un comportement qui dépasse l’entendement. A noter que le choix de l’acteur, Stephen Mangan, est un coup dans le mille car ce dernier incarne parfaitement cette espèce de cinglé chanceux. Les amoureux des livres diront que, dans ces derniers, Dirk est beaucoup plus ambigu que ce qu’on en voit à l’écran : c’est vrai. Tant pis.

Le résultat est réjouissant. Je trouve que le mot correspond bien : cette série donne le sourire, on se demande toujours quelle idée va trouver Dirk Gently pour tourner en bourrique son raisonnable assistant/partenaire, tandis que les histoires semblent tourner en roue libre. Le tout est en plus accompagné d’une bande originale des plus enthousiasmantes. Avec le potentiel offert par Douglas Adams, on peut pourtant difficilement s’empêcher de se dire que ça aurait pu être encore mieux, mais le simple fait que ça n’ait pas tourné à la catastrophe totale, mais plutôt à la catastrophe organisée, fait vachement plaisir.

Website Pin Facebook Twitter Myspace Friendfeed Technorati del.icio.us Digg Google StumbleUpon Premium Responsive

Ce contenu a été publié dans Films, séries et jeux-vidéo, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *