Manuel de survie en territoire kafkaïen

Il y a bientôt un an, j’ai débarqué à Prague pour un séjour de quelques mois. Je m’en souviens bien : il faisait terriblement froid, je n’avais pas dormi de la nuit et je n’en menais pas large. Totalement désorienté et à peine arrivé dans l’appartement que j’étais censé habiter (mais que les anciens locataires ne quitteraient qu’une semaine plus tard), voilà qu’un enthousiaste allemand me fourre dans les mains un livre orange. Il m’affirme que c’est formidable et très utile pour tout expatrié s’apprêtant à passer quelques mois dans ce pays dont je ne connaissais pas grand-chose (à part son rapport privilégié à la bière et des éléments de sa tumultueuse histoire politique). Baragouinant quelques mots de remerciements dans mon anglais approximatif, j’emportai le livre, le mit dans ma valise, et puis l’oubliai tandis que j’entamai la découverte des très (très) nombreux bars praguois.

Un bon mois plus tard, je réalisai que j’avais complètement oublié de rendre le livre à son propriétaire, reparti depuis en Allemagne. Entre-temps, quelques amis m’avaient bien fait part de leur enthousiasme pour un livre très rigolo et instructif écrit par un journaliste norvégien et consacré aux us et coutumes tchèques, mais j’oubliai en général très vite ces conseils, trop occupé à comparer les qualités gustatives de la Pilsner Urquell, de la Svijany (Máz, Rytíř…), de la Staropramen, de la Bernard (d’ailleurs en tchèque bière se dit « pivo », ça fait Bernard pivo OH OH OH), de la Kozel (Světlý ou Černý ?), de la Zlatopramen, de la Gambrinus, de la Branik… mmh… où en étais-je ?

Ah oui, ce livre. Eprouvant le besoin de retrouver une quelconque activité intellectuelle, je l’ai donc finalement ouvert d’un air suspicieux, non sans l’avoir aperçu remplissant les étagères des quelques knihkupectvi de la place Venceslas. Dès la préface, l’auteur n’y va pas par quatre chemins : ce livre, il l’écrit pour que ses lecteurs, qu’ils soient touristes ou résidents de longue durée, ne reproduisent pas les erreurs qu’il a lui-même commises lors de son séjour en République Tchèque. Et c’est parti pour un peu plus de 270 pages traitant de sujets aussi divers que l’alcoolisme, les carpes, le féminisme, le vendredi, les regrettés Vaclav Havel et Jan Masaryk, les polonais, les sandales, la révolution de velours et j’en passe et des meilleures, pour le plus grand plaisir du lecteur avide de comprendre ce qu’il fout là.

Si Terje B. Englund n’est pas forcément toujours tendre avec les tchèques (non pas qu’il traite ce peuple comme un bloc homogène, au contraire), il ne fait aucun doute qu’il a apprécié son séjour au pays de Kafka et qu’il a fait son possible pour tenter de comprendre son Histoire des plus particulières et ses traditions qui ne le sont pas moins. Contrairement à mon éphémère colocataire allemand qui doit être bien triste, c’est avec plaisir que je relis de temps à autres quelques pages de ce « Czechs in a Nutshell », et je ne peux qu’encourager quiconque s’apprête à séjourner quelque temps en République Tchèque (et maîtrise l’anglais) à se le procurer. Ce ne sera pas du luxe.

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