Asimov au sommet ?

Les DieuxD’Isaac Asimov, tout amateur de science-fiction connaît (au moins de nom) les grands classiques que sont les cycles des Robots et de Fondation. Mais le célèbre écrivain américain d’origine russe compte quantité d’autres œuvres à son actif : tout un tas de nouvelles, des ouvrages de vulgarisation, ou encore diverses collaborations avec Robert Silverberg. Ce dernier est justement à l’origine du roman auquel je m’attaque aujourd’hui. S’il a été entièrement écrit par Isaac Asimov, il doit en bonne partie son existence à cet autre géant de la science-fiction. Tout part d’un élément impossible, le « plutonium-186 », évoqué nonchalamment par Silverberg lors d’un colloque. Scientifique dans l’âme, son ami Asimov ne put s’empêcher de lui signaler son erreur, et de la lui prouver par l’absurde. C’est ainsi que naquit Les Dieux eux-mêmes (The Gods Themselves, en anglais), un récit en trois parties sorti en 1972 qui tranche considérablement avec le reste de ses œuvres.

Dans un avenir pas trop lointain (mais un peu quand même), à la suite d’une série de hasards bien exploités, un scientifique plutôt chanceux a réussi à mettre au point la « Pompe à électrons ». Derrière ce nom barbare se cache une source d’énergie inépuisable. Sa source ? Un univers parallèle. On ne sait rien sur ses habitants, si ce n’est qu’ils sont à l’origine de ce miracle technologique qui garantit une prospérité durable à l’humanité, et qu’ils en tirent eux-aussi profit. Certains, pourtant, doutent. Guidés par des motivations tantôt altruistes, tantôt égoïstes, quelques scientifiques marginaux sont intimement persuadés que cette Pompe mène la Terre à sa destruction. Encore faut-il le prouver, ce qui n’est pas une mince affaire vu l’immense popularité de son créateur à l’ego surdimensionné, bien décidé à écraser quiconque mettra en doute les bienfaits de « son » invention.

Les débuts du livre ne surprennent pas vraiment et mettent en scène des scientifiques plongés dans des réflexions tantôt profondes sur la structure de l’univers, tantôt triviales et mesquines. Le rythme est pourtant bon et le récit évite d’être trop bavard (un reproche que l’on pourra adresser aux derniers romans du cycle de Fondation, qu’Asimov écrira durant les décennies suivantes). Pourtant, l’histoire ne prend réellement son envol qu’à l’entame de sa seconde partie, qui nous envoie à l’autre bout de la Pompe. Nous découvrons alors un univers étonnant, dans lequel Isaac Asimov laisse libre cours à son imagination et à diverses réflexions sur la condition humaine. Complètement à part, cette partie du roman est une petite pépite d’inventivité. Qu’on ne se méprenne pas : Asimov est sans aucun doute un grand auteur, mais il n’a probablement jamais été aussi loin et avec autant de talent que dans ces quelques dizaines de pages, même si la troisième partie, plus classique, ne manque pas non plus de qualités.

Isaac Asimov dira plus tard que Les Dieux eux-mêmes était son roman de science-fiction préféré, et on peut difficilement le contredire sur ce point. Sa construction très équilibrée évite toute lassitude et ses thèmes variés lui donnent toute sa substance. De plus, la plupart de ses personnages s’avèrent complexes, parfois pétris de contradictions et surtout fondamentalement humains. On pourrait même ajouter que malgré son âge avancé (plus de quarante ans), cette histoire n’a presque pas vieilli. Dans sa façon de décrire l’aveuglement de toute une société face à une menace dont l’origine n’est autre que la source de sa prospérité, on pourrait même dire qu’elle est plus d’actualité et plus pertinente que jamais. Voilà comment à partir d’un simple défi lancé par orgueil, Isaac Asimov a finalement écrit un sacré bon bouquin. Peut-être même son meilleur.

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Et tu retourneras à la poussière

Woouush. On dépoussière. Ces derniers mois, j’ai surtout écrit par là, mais j’ai soudainement eu envie de repasser par ici. On va donc faire comme s’il ne s’était rien passé et reprendre là où nous en étions restés.

Poussiere de luneNous sommes en 1998. Deux ans après la sortie de Voyage et un an après celle de Titan, Stephen Baxter sort Poussière de Lune (Moonseed, en anglais) qui vient clôturer la « Trilogie de la NASA », trio de romans de science-fiction dure (ou hard-SF) dont les récits n’ont rien à voir entre eux mais sont liés par un thème commun. Mais revenons un instant à Titan, un livre très bien ficelé mais particulièrement déprimant. Hypothèse : Stephen Baxter, écrivain quarantenaire très déprimé, a décidé de se soigner en fourrant toutes ses névroses à la fois dans une sombre histoire de voyage désespéré à bord d’une boîte de conserve étroite et sale, sur fond de déliquescence de la Terre. Ambiance. La question est : cela a-t-il fonctionné ? Stephen Baxter s’est-il senti mieux après la parution de Titan ? Poussière de Lune apporte des éléments de réponses qui peuvent se résumer ainsi : pas tout à fait.

Ce roman introduit d’emblée une petite dose d’uchronie en mettant en scène la mission Apollo 18 (annulée dans la réalité véritable), au cours de laquelle un astronaute récupère une roche lunaire un peu particulière qu’il s’empresse d’étiqueter, puis d’oublier. Des décennies plus tard, à la fin des années 1990, un géologue génial mais contrarié dénommé Henry Meacher voit ses projets grandioses de sondes lunaires mis au rebut par la NASA et s’en va étudier des pierres de Lune dans la jolie ville d’Édimbourg, en Ecosse. Là-dessus, la mystérieuse pierre lunaire d’Apollo 18 refait surface et une poussière luminescente s’en échappe, se dispersant doucement sur les sommets de la ville, bâtie sur un très ancien volcan éteint. Rapidement, les premiers tremblements de terre surviennent et l’inquiétude grandit : y’a-t-il un lien entre la « poussière de Lune » et ces étranges manifestations géologiques ? Faut-il craindre un danger ? Henry Meacher est-il un salaud égoïste ou un génie ? Et surtout va-t-il sauver le monde ?

A priori, Poussière de Lune est assez différent de Voyage et de Titan. Il y est énormément question de géologie, surtout dans sa première partie, et les amateurs de volcans seront heureux d’en lire des tonnes sur le sujet. Il est d’ailleurs assez fascinant de constater que Stephen Baxter met autant de passion à décrire dans les détails des processus géologiques millénaires que les efforts d’un sous-traitant de la NASA pour concevoir un moteur de fusée. Les amoureux de l’Ecosse y trouveront également leur compte : c’est simple, on s’y croirait. Pour avoir eu la chance de me balader récemment à Édimbourg, je dois dire que la description y est très fidèle et que l’auteur n’a pas lésiné sur la documentation. Ou alors il y a vécu, ce qui expliquerait bien des choses. Bref, on passe d’abord beaucoup de temps sur Terre à causer géologie et à suivre la vie quotidienne de quantité de personnages dont tous ne sont pas forcément indispensables à la bonne marche de l’intrigue. On va dire que Stephen Baxter est comme ça : il aime que le lecteur s’attache à ses personnages (je vous laisse deviner pourquoi). Et la Lune, dans tout ça ? Que le lecteur se rassure : on finit par y arriver, mais progressivement. Poussière de Lune fait tout de même presque 800 pages et l’auteur prend tout son temps pour développer son récit, et finalement en revenir au principal point commun aux trois livres de cette trilogie : les voyages spatiaux hasardeux et bricolés.

En fait, Poussière de Lune fait parfois penser à ce que Robert C. Wilson (Spin, Les Chronolithes) écrirait s’il décidait de se lancer dans la hard-SF. Un des points de départ de l’intrigue, que je ne décrirai pas ici, fait même furieusement penser à la manière dont l’auteur canadien commence les siennes. Par rapport au reste de la trilogie, c’est peut-être aussi celui dans lequel Stephen Baxter se permet le plus de fantaisies : cette mystérieuse « poussière de Lune » vorace, par exemple, est un type de phénomène relevant bien davantage de la science-fiction classique que de sa variante « dure », et ce n’est peut-être pas plus mal. De manière générale, ce (long) roman est tout de même moins marquant que ses deux prédécesseurs mais n’en reste pas moins de bonne qualité, à condition d’aimer vraiment beaucoup ce style tout en pragmatisme à tendance apocalyptique. Enfin, il ne reste qu’à espérer que la conclusion de cette histoire a permis à Stephen Baxter de soigner sa grosse déprime de quarantenaire. Je crois qu’il en avait bien besoin.

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Nuages lourds, fuite en avant

Titan couvEn matière d’exploration spatiale, les années 90 semblent bien loin. Pensez donc : les navettes spatiales volaient encore, on parlait toujours de la station Mir et Mars restait cette planète maudite sur laquelle un tas de missions venaient s’échouer misérablement. On peut supposer que cette situation a dû beaucoup travailler un auteur de science-fiction comme Stephen Baxter. En 1997 il sort d’ailleurs un livre dans lequel il relate l’histoire improbable d’un voyage habité vers Titan, le plus gros satellite naturel de Saturne. Dans un siècle ? Non, dès maintenant. Titan, car c’est son nom, constitue le second volet de la « Trilogie de la NASA » après Voyage (qui décrivait, lui, un voyage habité vers Mars dans les années 1980). Il peut se lire tout à fait indépendamment, n’étant pas du tout conçu comme une suite, mais les deux opus partagent des thèmes évidents. Cette fois par contre, l’auteur britannique ne revisite pas le passé mais s’attaque à l’avenir tout proche, à ce début de XXIème siècle qui s’annonçait.

L’aventure relatée dans ce livre comporte deux éléments déclencheurs. Le premier n’est autre que la découverte de traces de vie sur Titan par la sonde européenne Huygens, qui devait réellement s’y poser quelques années plus tard. Le second élément est, lui, aussi dramatique que visionnaire. Si Stephen Baxter touche dans le mille concernant la nature de cet accident, qu’il est inutile de décrire ici, il y a par contre vu rien de moins que la fin du programme spatial américain. Dirigée par un administrateur cynique chargé de la démanteler, la NASA jette alors ses dernières forces dans la bataille pour mettre sur pied une ultime mission : poser le pied sur Titan après un voyage de six ans. Peut-être, se dit-on, un tel projet permettra à l’exploration spatiale de renaître de ses cendres encore fumantes, malgré la pression d’une opinion publique indifférente et d’une armée hostile.

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Titan, la vraie, photographiée par la sonde américaine Cassini en 2011. Crédit : NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute

S’il y a quelque chose à dire d’emblée sur ce livre, c’est qu’il est incroyablement déprimant. Il en transpire une mélasse gluante et permanente, le désespoir matérialisé par un ultime baroud d’honneur. Là où Voyage rêvait d’un passé audacieux, Titan envisage un avenir en déroute. Les Etats-Unis y apparaissent complètement repliés sur eux-mêmes et l’instabilité règne. Paradoxalement, avec du recul, l’avenir sombre imaginé par Baxter peut faire sourire tellement il est exagéré, déformé, presque grotesque, et semble surtout décrire les peurs de l’auteur, même s’il n’est pas toujours dénué de pertinence. Heureusement, me direz-vous, il y a le voyage spatial, cet incroyable périple vers Saturne et ses magnifiques anneaux, qui contrebalance le marasme terrestre, n’est-ce pas ? Non, pas vraiment. Cette mission folle fait plutôt écho au malaise général, et le sort de ses occupants isolés à bord d’une coquille de noix pendant six longues années, aussi idéalistes et casse-cou soient-ils, ne paraît pas si enviable. L’ambiance à bord, si l’on peut dire, ne remonte en tout cas pas le moral déjà passablement amoindri du lecteur.

Le paradoxe, c’est que Titan se dévore à peu près aussi goulûment que Voyage, pour peu que l’on nourrisse une passion dévorante pour l’exploration spatiale sans fard. Rien ici n’est pensé pour faire joli. Excepté un passage surprenant par son style, le langage utilisé par Stephen Baxter est toujours aussi technique, voire clinique, parfois jusqu’à l’écœurement selon le sujet évoqué. Sur le fond, c’est comme si l’écrivain avait rassemblé toutes ses craintes quant à l’avenir dans le but de s’en débarrasser une bonne fois pour toute. Il peut quasiment se résumer au besoin d’assurer sa fuite lorsque tout part en vrille, pour sauver ce qui peut l’être. Heureusement, quelques instants de bravoure viennent percer la lourde atmosphère de Titan aux moments opportuns, offrants quelques minutes d’espoir au lecteur dévasté par ce bloc dense et désenchanté.

Sur Etoiles et satellites cette semaine, on ne parle pas de Titan mais on s’intéresse à quelques missions robotiques parties explorer des corps lointains. Promis, c’est moins déprimant. 

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Relativité de l’extrême

tau zero couvTau Zero : un bien étrange nom pour un roman de science fiction méconnu dans nos contrées. Son auteur, Poul Anderson (décédé à 74 ans en 2001), a en effet été ignoré des maisons d’édition francophones pendant la majorité de sa carrière (essentiellement en raison de ses prises de position politiques), avant de revenir au devant de la scène ces dernières années. Le magazine Bifrost lui a par exemple consacré son 75ème numéro en juillet dernier, mais la majorité de sa bibliographie n’en reste pas moins introuvable en français. C’est simple : pourtant sorti en 1970 et réputé être un des fers de lance de la « hard science-fiction », Tau Zero n’a connu sa première traduction dans la langue de Jules Verne qu’en… 2012.

Bienvenue au XXIIIème siècle, alors que cinquante volontaires s’apprennent à prendre la route à destination de l’étoile Beta Virginis, à trente-deux années-lumière de la Terre. Le but du voyage : s’installer sur une planète potentiellement habitable et, si possible, y rester. Grâce aux moteurs « Bussard » du vaisseau Leonora Christina, le voyage aller ne doit durer que cinq ans. Mais attention, c’est là qu’intervient cette bonne vieille relativité. A de telles vitesses, proches de celles de la lumière, le temps s’écoule bizarrement et c’est carrément plus de trente ans qui auront passé sur Terre à leur arrivée. Le roman se construit principalement autour de cette idée de dilatation du temps : enfermés dans leur vaisseau, l’équipage file à une vitesse tellement extrême que le reste de l’univers vieillit plus vite qu’eux. En cas d’échec et de retour forcé, leur monde natal aura bien changé à leur retour. Mais si un pépin survenait en cours de trajet ?

Structuré autour de phénomènes physiques qui paraissent bien vertigineux pour des petits êtres rampants tels que nous, Tau Zero envoie certainement du lourd. Mais qu’en est-il des personnages ? Les cinquante membres de l’équipage représentent une microsociété confrontée à un défi rare : cohabiter au sein d’un gros vaisseau spatial avec, en ligne de mire, la probable colonisation d’une planète inconnue. Tout l’intérêt de l’histoire réside évidemment au croisement d’une situation exceptionnelle et d’une communauté hétéroclite d’hommes et de femmes triés sur le volet mais susceptibles de céder à leurs faiblesses bien humaines. Au milieu de tout ça, un personnage semble surnager : Charles Reymont, le gendarme du bord. Chargée de maintenir l’ordre, cette espèce de héros à l’ancienne représente la droiture incarnée, la clé de voûte nécessaire au bon fonctionnement d’un groupe qui en aura bien besoin.

En un peu plus de trois-cent pages, Poul Anderson nous emmène loin. Fabuleusement loin. La présente édition est en plus assortie d’une postface bien garnie de l’astrophysicien Roland Lehoucq, qui revient sur les nombreux éléments scientifiques du livre. Truffé d’allusions à la culture scandinave (Anderson est d’origine danoise), Tau Zero est une sorte d’anomalie : il devrait traîner depuis longtemps dans les rayons SF des bibliothèques, le papier jauni et couvert d’une fine pellicule de poussière, un peu comme un vieil Asimov. Didactique, il permet (comme d’autres romans tels que La guerre éternelle, écrit quelques années après) de saisir dans la mesure du possible cet étrange phénomène qu’est la relativité, tout en explorant la dimension humaine et sociale d’un tel périple. A certains égards, Tau Zero accuse son âge et n’est pas dénué de petits relents réac’, mais il n’en reste pas moins un roman de science-fiction très intéressant doté d’une réelle capacité à faire surchauffer l’imagination.

Pendant ce temps là, dans notre système solaire, des astronautes voltigent hors de l’ISS, le projet Mars One prend du plomb dans l’aile et la NASA rêve de sous-marins. Ce sont les nouvelles hebdomadaires de l’espace sur Étoiles et satellites

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Noir de noir

UtopiaUtopia est un court roman d’anticipation égyptien (chose suffisamment rare dans nos contrées pour être signalé) d’Ahmed Khaled Towfik sorti en 2009, puis en 2013 dans sa version française. Plus précisément, il s’agit d’une dystopie dont les événements prennent place dans les environs du Caire en 2023.

Qui dit dystopie dit inquiétude quant à l’avenir, et ce livre en est une illustration évidente. Y est dépeint un type de société que les habitués du genre connaissent : d’un côté les très riches, de l’autre les très pauvres, entre les deux une barrière infranchissables. Utopia, c’est le nom d’une cité remplie de grandes fortunes égyptiennes et protégée par d’anciens GI’s. Oisive, arrogante et invincible, la jeunesse d’Utopia, pourtant, s’ennuie. Elle a tout, mais plus rien ne l’excite, sauf une chose : pour se divertir, ses plus hardis représentants entreprennent parfois de s’infiltrer chez les Autres, les pauvres, dont la vie n’a aucune valeur à leurs yeux. Le but du jeu ? Ramener un trophée, à savoir une partie du corps de leur victime. C’est ainsi qu’un jeune garçon de seize ans et sa compagne décident d’entrer au Caire pour une petite partie de chasse. Les événements ne se passent par contre pas vraiment comme ils l’avaient prévus. Bonne ambiance.

Composé de moins de deux-cent pages, dont les premières peuvent évoquer les débuts de Bret Easton Ellis par leur froide présentation du quotidien d’une jeunesse richissime et désœuvrée, Utopia ne brille pas forcément par l’originalité de son sujet. Là n’est pourtant pas la question. Le soin apporté au style et à la construction du récit est frappant, on peut d’ailleurs souligner la qualité de la traduction de Richard Jacquemont de l’arabe vers le français. La dénonciation des écarts croissants de richesses dans la société égyptienne est, elle, quasiment transparente. En fait, l’auteur a surtout le mérite de ne pas y aller par quatre chemins dans sa manière d’exploser le sombre avenir qu’il entrevoit pour l’Egypte. Froid et pessimiste au possible, Utopia déroule simplement sa noirceur avec efficacité.

Et pour en revenir à un quotidien moins sordide, cette semaine sur Etoiles et satellites on cause des petites expériences de l’Agence spatiale européenne et de SpaceX.

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De la Lune à Mars

Voyage 1 couvAvec Voyage, on s’attaque à du lourd, du solide, à de la science-fiction qui ne déconne pas. Que diriez-vous de rembobiner l’histoire de l’exploration spatiale ? Avec ce roman uchronique sorti en 1996, Stephen Baxter tente de donner une certaine réalité à un rêve : celui de voir la NASA décider d’aller sur Mars dans la foulée des premiers pas sur la Lune. Au diable les sondes spatiales, cette fois-ci on y va vraiment. De l’idéal à la pratique, toutefois, il y a quantité de décisions difficiles à prendre, de travail acharné à abattre et de vies avec lesquelles jouer.

Voyage est en fait constituée de deux lignes temporelles. L’une d’entre elles débute avec les premiers pas sur la Lune en 1969. On y découvre d’emblée deux choix délibérés de l’auteur. D’une part, pour des raisons pratiques, Buzz Aldrin (dans la réalité, deuxième homme à avoir marché sur la Lune) est remplacé par un personnage fictif dénommé Joe Muldoon. D’autre part, Kennedy a survécu à sa tentative d’assassinat et son fauteuil roulant ne l’empêche pas de peser sur la politique spatiale de Nixon. Cette ligne de temps, étendue sur une grosse quinzaine d’année, décrit les différentes étapes qui amènent la NASA à consacrer tous ses efforts au programme martien plutôt qu’à tout autre. C’est ainsi qu’est mis en place le projet NERVA (qui a aussi existé dans notre réalité) dont le but est de concevoir une fusée à propulsion nucléaire, solution mise en avant par les ingénieurs les plus en vues. Quant à l’autre ligne temporelle, elle commence tout simplement avec le décollage de la fusée Ares vers Mars. A son bord, les astronautes Nathalie York, Ralph Gershon et Phil Stone entament un voyage de plusieurs mois vers la planète rouge. On pourrait croire que l’entrecroisement de ces deux histoires soit préjudiciable au suspense, mais c’est en fait le contraire : la narration en sort renforcée et pousse à se concentrer sur l’essentiel.

Voyage 2 couvPour dire les choses clairement, Voyage s’adresse directement aux amoureux les plus acharnés de l’exploration spatiale. Stephen Baxter a bénéficié de l’aide précieuse de membres de la NASA et cela se sent : son récit est précis, pragmatique, parfois même technique, mais on s’y croirait vraiment. Il s’emploie à décortiquer chaque étape, chaque jalon, chaque prise de décision importante influençant le destin d’un programme aussi ambitieux que celui-là. Pour lui, quelques personnalités présentes au bon endroit au bon moment auraient pu faire basculer l’histoire de l’exploration spatiale, pour le meilleur et pour le pire. Il s’agit d’un postulat de départ discutable, mais cela n’empêche pas le résultat d’être très rigoureux. Pas de flamboyance stylistique ici, on rêve les pieds sur Terre tandis qu’on voyage dans des boîtes de conserve fragiles et inconfortables. Il faut aussi souligner que ce livre développe une réelle réflexion sur la pertinence des vols habités par rapport à l’exploration automatisée, un débat d’ailleurs loin d’être tranché dans le monde réel. Baxter pèse le pour et le contre avec un certain brio, même s’il est le premier à reconnaître de quel côté son coeur balance.

Cette uchronie impressionne par sa richesse, certes, mais elle ne fait pas l’impasse non plus sur le développement de ses personnages. Ce sont ces derniers qui lui donnent, in fine, toute son intensité dramatique. Nathalie York, géologue, est la principale protagoniste. Jeune et pleine d’idées sur la manière dont la NASA devrait fonctionner, sa passion pour la planète Mars l’entraîne petit à petit au sein d’un univers très masculin essentiellement peuplé de pilotes d’avion et d’ingénieurs. Mais longue est la liste des candidats au vol fatidique, et tous ont des arguments à faire valoir. La compétition, d’ailleurs, s’étend au-delà des astronautes. Entre le choix de la méthode adéquate pour se rendre sur Mars et celui des sous-traitants qui construiront le vaisseau spatial, les affrontements à coups de conférences, de discours et de réunions à huis-clos s’enchaînent et ce sont des vies entières qui en dépendent.

Rêveur et terre à terre, Stephen Baxter nous entraîne à la fois dans l’espace interplanétaire et au sein d’innombrables locaux de la NASA, deux univers très différents mais indispensables l’un à l’autre. Sobre et aisé à lire de par son style, Voyage risque toutefois de décourager les moins acharnés, que les passages les plus techniques pourront rebuter. Il n’empêche, divisé en deux livres dans sa version poche française (était-ce d’ailleurs réellement nécessaire ?), Voyage est un chef d’œuvre pour tout passionné de l’exploration spatiale.

Quant à la NASA, la vraie, celle qui a choisi la navette spatiale et l’exploration robotique, on en parle quasi chaque semaine sur Etoiles et satellites.  

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Exode rural

La longue terrePrenons d’une part un célèbre auteur de fantasy absurde, Terry Pratchett par exemple, et d’autre part un auteur de science-fiction aussi brillant que pragmatique, disons Stephen Baxter. Associons-les. Le résultat ? La Longue Terre, un livre au concept initial à la fois idiot et vertigineux.

Ici, on ne s’embarrasse pas de détails techniques : un beau jour, l’humanité découvre l’existence d’un tas d’univers parallèles au nôtre. Il suffit de se construire un petit engin, un « passeur », et hop, on se retrouve au même endroit sur une Terre presque identique à la nôtre, quoique dénuée de toute trace d’être humain. Encore un coup et on se retrouve sur une autre, suivie d’une autre et ainsi de suite à l’infini. L’événement fait bien sûr l’effet d’un séisme : des milliers de gens, souvent les plus défavorisés, fichent le camp à travers ces mondes parallèles, cette « Longue Terre », ébranlant d’un coup toute l’économie mondiale. Si quelques freins empêchent un exode complet et débridé, le potentiel d’une telle découverte reste absolument gigantesque.

Josué Valienté, lui, est un cas spécial : il traverse sans passeur. Célèbre, il se passerait bien de sa notoriété et préfère s’isoler dans les Terres parallèles les plus lointaines possibles, façon homme des bois. Un jour pourtant, il est contacté par une corporation dont l’ambition n’est autre que de parcourir la Longue Terre à bord d’un dirigeable conçu pour aller là où personne n’aurait été auparavant. Il serait accompagné dans cette vaste entreprise par Lobsang, une intelligence artificielle (?) omnisciente et facétieuse prétendant avoir été autrefois un mécanicien tibétain. Pendant ce temps-là, la vie continue : des colons américains émigrent à la manière de leurs ancêtres, les polices du monde tâchent de gérer ce foutoir et les responsables politiques se demandent comment garder la main. Quant aux malchanceux incapables de traverser, ils rongent leur frein sur le bas côté.

La Longue Terre est un roman étonnant. La marque des deux auteurs britanniques y est clairement présente : Terry Pratchett lui apporte une touche d’absurde des plus réjouissantes, tandis que la substance même de l’histoire semble devoir beaucoup à Stephen Baxter. Tout en suivant le destin de quelques personnages, les auteurs s’amusent en toile de fond à explorer les très nombreuses voies que notre planète aurait pu suivre durant sa longue histoire, aboutissant à une myriade de possibilités. Si certaines Terres ressemblent fort à celle que nous connaissons, d’autres connaissent une ère glacière, d’autres s’avèrent désertiques, d’autres encore sont simplement étranges… Sur le fond, ce livre peut parfois faire penser à du Robert C. Wilson (auteur de Spin, Darwinia ou encore Les Chronolithes) en plus flegmatique.

Sorti en 2012 dans sa version anglaise, La Longue Terre fourmille d’idées et l’amateur d’étrangetés s’y sentira comme un poisson dans l’eau. Il faut cependant un certain temps pour saisir où Baxter et Pratchett veulent nous emmener, et cela s’explique en partie par le fait qu’il ne s’agit que du premier tome d’une série. Doté d’un début et d’une fin, il se suffit heureusement à lui-même. Soyez toutefois prévenus : une fois la dernière page tournée, il est difficile de ne pas envisager de se procurer la suite, La Longue Guerre.

Je rappelle, pour ceux que le sujet intéresse, que je cause désormais chaque semaine de l’actualité spatiale sur Etoile et satellites. Cette semaine, j’y ai par exemple évoqué les futurs vols habités américains, le prochain test d’une voile solaire et une course à la Lune privée. Vous verrez, c’est amusant.

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Supernova blues

etoiles mourantesSorti en 1999, Etoiles mourantes est un livre de science fiction francophone que nous devons au duo composé de Jean-Claude Dunyach et d’Ayerdhal. Leur récit invite notre imagination à nous projeter dans un avenir très, très, (très) lointain. Vous y êtes ? Voilà. Là-bas, loin, l’humanité a bien changé. Elle s’est dispersée à travers l’univers et en a profité pour se diviser en quatre « rameaux » qui s’évitent autant qu’ils se détestent.

Commençons par les moins originaux : les Mécanistes. Extrêmement hiérarchisée et tournée vers la guerre, cette société est composée de guerriers dont chaque représentant mâle vit engoncé dans une armure dotée de personnalité propre. Les Organiques en sont un peu les opposés. Pacifistes, anarchistes, ils sont tellement naturels que chacun d’eux vit en symbiose avec un être qui, en échange de pouvoirs particuliers, leur fait sécréter d’étranges artefacts. Les Originels, eux, vouent un culte aux morts qui atteint des proportions telles qu’ils vivent avec les âmes reconstituées de ancêtres décédés. Enfin, mes préférés, les Connectés, très fragiles, dépendent entièrement de leur réseau et d’un afflux de données qui leur est aussi vital que l’air et l’eau. A ce tableau s’ajoute une espèce extraterrestre  exotique : les AnimauxVilles, vastes entités intelligentes voyageant dans l’espace. Profitant des lois physiques pour traverser des distances gigantesques, elles ont un jour croisé la route de l’humanité et lui ont permis de se disperser. Certaines Villes communiquent et vivent avec les humains, certaines mêmes en abritent.

A l’occasion de l’explosion imminente d’une étoile binaire, les Villes invitent divers représentants des rameaux humains à assister à l’événement sur place. L’histoire raconte donc les préparatifs et le déroulement de ces retrouvailles historiques, que l’ambition des Mécanistes, sur le point d’achever la construction d’un vaisseau d’un genre nouveau, pourrait bien venir perturber. Concrètement, chaque rameau a droit à sa propre intrigue et à un minimum de background social et politique. Cela permet aux auteurs d’aborder pêle-mêle des sujets tels que le féminisme, le racisme et l’anarchisme, de traiter du rapport à la mort, à la nature ou encore à la famille, en saupoudrant le tout de space opera, de métaphysique et d’extraterrestres aussi immenses qu’étranges.

Evidemment, cette richesse se paie de prime abord par une certaine aridité qui peut effrayer au moment d’aborder un pavé de plus de quatre-cent pages. Heureusement, les premières clés arrivent au bon moment et il ne faut pas bien longtemps au lecteur pour commencer à maîtriser les arcanes de cet univers. Notons également que le style varie selon les rameaux abordés. Les passages évoquant les Mécanistes apparaissent ainsi rigides et pragmatiques (parfois même un peu pénibles), en comparaison de quoi les Organiques, prompts à débattre, font l’effet de bouffées d’oxygène. Et les personnages ? Ils sont nombreux, comme il se doit. Humains de diverses obédiences ou AnimauxVilles, il y en a pour tous les goûts et tous ont suffisamment de caractère pour qu’on s’y attache et se souvienne de chacun d’eux.

Dans Etoiles mourantes, il est au final surtout question de peuples qui ne se parlent guère et ne se comprennent pas. Le sujet est on ne peut plus d’actualité, et c’est loin d’être le seul point sur lequel ce récit reste parfaitement à jour. Le plus fort, c’est que malgré la gravité thèmes qu’ils abordent, Ayerdhal et Dunyach arrivent en plus de tout cela à transmettre leur émerveillement tout enfantin face à l’univers et ses mystères insondables. N’est-ce pas formidable ?

Merci à Babelio et son opération Masse Critique de m’avoir permis de lire cette belle édition d’Etoiles mourantes !

J’ajoute que mes billets hebdomadaires à propos de l’actualité spatiale continuent sur Etoiles et satellites, n’hésitez donc pas à y jeter un oeil si le sujet vous intéresse autant que moi (et puis ça me fera tellement plaisir).

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La boucle est bouclée

Je profite de ce nouveau billet pour signaler la naissance de mon nouveau site exclusivement consacré à l’exploration spatiale. Ça s’appelle Etoiles et satellites, et c’est par ici. C’est un peu comme de la science-fiction, sauf que cette fois c’est pour de vrai.

Aube de fondationIsaac Asimov nous a quitté en 1992 mais sa dernière publication concernant le cycle de Fondation n’est sortie qu’un an après. Il s’agit de L’aube de Fondation, qui vient finaliser le cycle et se situe chronologiquement entre le Prélude à Fondation (écrit en 1988), et les nouvelles qui constituent le Fondation premier du nom sorti en 1951. Rappelons-nous : étendu sur des siècles d’histoire, ce cycle raconte comment une communauté de scientifiques installée sur une petite planète en bordure de la galaxie tente de sauvegarder l’héritage de l’humanité suite à l’effondrement de l’Empire galactique. Leur guide spirituel ? Hari Seldon, inventeur mythique de la psycho-histoire, une science capable de prédire mathématiquement les futurs possibles, et donc d’influencer l’avenir.

L’aube de Fondation continue ainsi de relater les origines de la psycho-histoire, et donc les efforts menés par Hari Seldon pour mettre en place sa science encore balbutiante. Le mathématicien voit la fin de l’Empire approcher mais aussi la sienne. Il se retrouve alors sous pression : s’il ne parvient pas à rendre sa science opérationnelle avant que les événements ne s’accélèrent, l’œuvre de sa vie n’aura servi à rien et le chaos s’installera pour de bon. Evidemment, le lecteur sait très bien comment cela va finir (à condition qu’il ait lu les cinq livres qui suivent chronologiquement, ce qui est conseillé) et la question est donc de savoir comment Seldon va déjouer les obstacles qui se dressent face à lui, plutôt que de savoir s’il va réussir.

Comme le Prélude, l’Aube se déroule entièrement sur la planète Trantor, capitale de l’Empire et ville tentaculaire. Les deux romans diffèrent pourtant sur plusieurs points. Prélude à Fondation se déroulait sur une période de temps assez courte mais les personnages principaux (Hari Seldon et Dors Venabili), fugitifs, sillonnaient la planète. Ici, c’est le contraire : les personnages sont désormais proches du pouvoir et voyagent peu, mais l’histoire couvre une période d’environ quarante ans divisée en quatre parties. Le rythme est donc différent et il y est surtout question de complots politiques à déjouer, tandis que Seldon et ses collaborateurs tentent de faire progresser la psycho-histoire.

Est-ce que L’aube de Fondation est un roman de science-fiction indispensable ? Non. Il se laisse lire agréablement mais on ne peut pas s’empêcher de se dire qu’il est temps que cette histoire se termine, d’autant que la plupart de ses tenants et aboutissants sont déjà connus par le lecteur. Pas vraiment ébouriffant, peut-être même un peu long, il permet au moins de se replonger une dernière fois dans cet univers, qui n’est jamais qu’un des piliers de la science-fiction.

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Des nouvelles de l’espace (5)

Bonne année ! Sans attendre, on entame 2015 avec la visite imminente d’une planète naine et des nouvelles d’un vieux rover martien. Une petite note informative 100% NASA (pour une fois).

Cérès prise en photo fin 2003 par le télescope spatial Hubble. Source : http://www.nasa.gov/

Cérès prise en photo fin 2003 par le télescope spatial Hubble. Source : http://www.nasa.gov/

Quelque part dans la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter orbite un objet nommé Cérès. Longtemps considéré comme un astéroïde, le petit corps céleste (plus petit que la Lune) porte à présent le statut de planète naine, et ce depuis la définition du terme en 2006 par l’Union Astronomique Internationale. Rappelons que c’est à cette même occasion que Pluton a perdu son statut de planète pour devenir, elle aussi, une planète naine (nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en reparler en cours d’année, mais je vous conseille en attendant de jeter un oeil à cette vidéo). Depuis lors, un corps céleste mérite ce statut au sein du système solaire si : 1) il est en orbite autour du Soleil 2) il est suffisamment massif pour avoir une forme presque ronde (plus exactement : s’il possède un « équilibre hydrostatique ») et 3) il a « nettoyé le voisinage » de son orbite (en gros, à l’exception de ses propres satellites naturels, aucun autre corps de se balade sur son orbite). Cérès tourne bien autour du Soleil et a une forme presque ronde, mais n’a pas nettoyé son voisinage : paf, c’est donc une planète naine. Voilà ce que ça coûte d’être négligent.

Vesta pris en photo par Dawn durant son étude de l'astéroïde. Petit jeu : un bonhomme de neige se cache sur l'image. Source : http://www.nasa.gov/

Vesta pris en photo par Dawn durant son étude de l’astéroïde. Petit jeu : un bonhomme de neige se cache sur l’image. Source : http://www.nasa.gov/

Bref, tout ça pour dire que la sonde américaine Dawn a entamé sa phase d’approche de Cérès et devrait se placer en orbite au mois de mars. Partie de la Terre en 2007, la sonde a déjà bien travaillé vu qu’elle s’est déjà placée en orbite autour de l’astéroïde Vesta en juillet 2011 et l’a étudié jusqu’en septembre 2012. Du coup, Dawn est sur le point de devenir le premier engin à orbiter deux corps différents du système solaire. Cela lui est notamment permis par son mode de propulsion original, des moteurs ioniques, qui lui fournissent une poussée très faible mais dont le rendement est environ dix fois supérieur à celui de moteurs conventionnels. Même si Cérès demeure jusqu’à présent largement inconnue, l’on pense notamment qu’elle possède un manteau de glace.

Plus proche de nous, sur Mars, un survivant continue de travailler avec une abnégation qui force le respect : Opportunity. Ce 25 janvier, cela fera onze ans (!) que le petit rover a débarqué sur la planète rouge. Son frère, Spirit, avait lui atterri le 4 janvier 2004 avant de rendre l’âme en mars 2010. Dans les deux cas, les missions devaient durer… trois mois. La performance (j’insiste) mise à part, le grand âge d’Opportunity lui cause désormais quelques soucis techniques. En ce moment, c’est sa mémoire qui pose problème. Le robot utilise en fait deux types de mémoire. L’une est volatile et disparaît à chaque fois que le robot se met en veille : ses données doivent donc être transmises à la Terre chaque jour martien (car Opportunity n’est alimenté que par ses panneaux solaires). L’autre mémoire est non-volatile et est donc conservée (il s’agit en fait de mémoire flash). Problème : c’est sa mémoire non-volatile qui flanche, obligeant le robot à stocker des données dans sa mémoire volatile, au risque de la voir disparaître si la transmission est impossible. Pire : à force de manquer l’enregistrement dans sa mémoire flash, Opportunity a la fâcheuse tendance à rebooter son système encore et encore. Actuellement, la mission est donc interrompue mais ses responsables semblent avoir localisé la source du problème et pourraient l’avoir résolu d’ici quelques semaines. Si cela fonctionne, Opportunity sera en mesure de continuer son périple jusqu’à la « Marathon Valley » située à 650 mètres du robot et pleine de promesses pour les scientifiques.

Une photo prise par Opportunity en août 2014. Source : http://www.nasa.gov/

Une photo prise par Opportunity en août 2014. Source : http://www.nasa.gov/

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